Revue de presse : le 1er Mai dans le Morbihan

Alors, oui on est plutôt en retard pour un article sur le 1er mai. C’était il y a une semaine maintenant, mais, comme vous le savez peut-être, ce projet n’est mené que par 1 personne (pour l’instant !) et c’est donc difficile de tenir la cadence ; mais bon, mieux vaut tard que jamais !

Le 1er mai c’est la « fête du travail », devenue réunion folklorique annuelle des représentant.e.s du mouvement ouvrier à travers la France ; et ce, malgré l’origine combative du 1er mai. Ceci-dit, le 1er mai permet tout de même de prendre la température des forces que la gauche est capable de mobiliser ; et dans notre département très acquis à la droite, aux tièdes et aux confus c’est quand même important. Faisons donc un petit tour dans le Morbihan pour regarder tout ça.

Belle île : on lit sur la page Facebook de l’UL CGT qu’une dizaine de personnes se sont mobilisées à Palais sur le port

Ploërmel : environ 80 personnes ont répondu à l’appel de la CGT

Pontivy : une 100aine de personnes ont manifesté, CGT et PCF en tête

Vannes : idem qu’à Pontivy, une centaine de personnes, la CGT était en majorité mais on compte aussi des intermittent.e.s venus, avec des chanteuses de la chorale Co-clito, animer musicalement le rassemblement

Hennebont : et là on rentre dans le dur du sujet ; autour de 2000 personnes mobilisées à Hennebont, rassemblant, entre autre, les intermittent.e.s qui occupent le Théâtre de Lorient avec les grévistes de la Fonderie de Bretagne (FDB), emmené.e.s par la CGT ; on notera aussi une petite présence de jeunes et d’étudiant.e.s, emmené.e.s par les JC et les Jeunes de l’UDB, chose surprenante (dans le bon sens du terme) étant donné que les universités morbihannaises sont (très) peu politisées

Une chose est claire : la CGT est omniprésente à travers le département. Et c’est normal, c’est le 1er syndicat de France, le 1er de Bretagne et on peut largement affirmer que c’est le 1er syndicat du Morbihan. Ses membres sont, pour la grande majorité, des allié.e.s indéniables de notre camp politique et, au vu de la situation dans le Morbihan, on ne saurait se passer d’elles/eux. Cependant, cela ne les épargne pas de toutes critiques.
Évidemment, la grande critique qu’on leur porte, nous libertaires, c’est d’être dans une approche d’apprivoisement de la société capitaliste, tout en visant la rupture révolutionnaire, peut-être, mais sans amorcer dès maintenant l’érosion, c’est-à-dire le grignotement, la subversion et le remplacement de la société marchande[1].
Si ça n’en fait pas pour autant des ennemis objectifs de notre camp (ni des « collabos »), et que nous respectons la diversité des tactiques de luttes, cette position réformiste peut entraîner des dérives gauchistes qui me gênent profondément, comme ce qu’on a pu observer autour de la mobilisation de la FDB samedi dernier. Bien entendu, il faut soutenir la grève des salarié.e.s de Caudan afin qu’ils et elles ne tombent pas au chômage, il n’est pas question de remettre ça en question ici. Ce qui me gêne particulièrement c’est le citoyennisme d’une pancarte extrêmement visible dans les images de la manif, autour de la banderole cégétiste. On y voit un dessin représentant Marianne (allégorie de la République Française) en larme avec écrit : « Marianne pleure pour la Fonderie de Bretagne et son abandon de Renault ». Ça n’a l’air de rien, mais c’est très important : on laisse entendre que la perdante dans l’histoire c’est la Nation (avec un grand N). C’est un discours tout simplement nationaliste et c’est triste qu’en lieu et place des travailleurs et travailleuses, qui sont, à priori, les premiers/premières menacé.e.s par la fermeture de l’usine, on mette en avant Marianne. D’autant plus venant d’une organisation syndicale avec l’histoire révolutionnaire qui est la sienne. On dira que c’est la faute d’une exposition à de trop hautes doses de PCF (dont le discours, teinté d’une nostalgie déviée des nationalisations de 1945, est sensiblement celui-là), mais ça se soigne.
Cependant, on notera qu’au rassemblement de Vannes le délégué CGT a très justement recentré la raison des mobilisations du 1er mai autour de la notion de classe : « la guerre de classes existe, il nous faut la mener »[2] et « diffusons ensemble une solidarité de classe » ; avant de chanter l’Internationale en hommage à la Commune de Paris. On préférera largement ce genre de discours à celui décrit plus haut (nous montrant une fois de plus la disparité des individus composant le syndicat, rendant impossible l’accusation de « collabo » de façon totale et sans nuances).

La situation des travailleurs et travailleuses de la fonderie de Caudan est très inquiétante et on salut avec fierté et admiration leur mobilisation, elle est la pure expression de la lutte des classes. Le média Basta ! Mag nous partage les propos d’une salariée de l’usine : « Aujourd’hui nous avons tous l’impression que ce sont les patrons qui décident et les politiques qui suivent. Renault a pourtant bénéficié de milliards de subvention de la part de l’État ! ». C’est absolument vrai, les politiques des gouvernements successifs depuis une 20aine d’année ne font qu’aller dans le sens de la bourgeoisie capitaliste, les gavant d’argent public et leur faisant des courbettes. On espère que les emplois seront maintenus et que les négociations engagées (qui s’annoncent âpres) aboutiront à des résultats satisfaisants pour elles/eux. Ce n’est pas la première fois qu’ils/elles luttent, ce ne sera pas la dernière fois qu’ils/elles gagneront. Comme le disait très justement Maël Le Goff, délégué CGT à la fonderie, dans son passage télévisé à l’antenne de Russia Today France (qui, par ailleurs, est très discutable au vu des accointances de cette antenne avec les réseaux conspirationnistes, mais, ceci dit, le choix de médias pour diffuser leur lutte ne doit pas être pléthorique, passons), l’usine leur appartient ; ce sont elles/eux qui y travaillent, elle/eux qui décident.

Une cagnotte de soutien des salarié.e.s a été mise en place : vous pouvez la trouver ici

Solidarité avec les travailleurs.euse.s en lutte
Solidarité internationale avec les peuples en lutte

[1] à ce sujet, lire : « Renouveler l’anarchisme »

[2] une petite chanson (certes un peu trop tendance maoïste mais bon c’est stylé quand même) : Les Nouveaux Partisans de Dominique Grange


Sources :

– Publication épinglée sur l’UL CGT de Belle Île : https://www.facebook.com/Ulcgtbelleile

– Le Télégramme « À Hennebont, l’avenir de la Fonderie de Bretagne au cœur du défilé du 1er mai »

– Ouest France « VIDEO. Hennebont : Un 1er mai en soutien aux salariés des fonderies de Bretagne »

– photos sur le Facebook de la CGT 56 :
https://www.facebook.com/ud.cgtmorbihan/posts/3959620417462809
https://www.facebook.com/ud.cgtmorbihan/posts/3959616200796564

– Russia Today France Fonderie de Bretagne : « Renault organise la mort à petit feu de notre site »

– Le Peuple Breton « Fonderie de Bretagne. Quand Renault veut rassurer ses actionnaires »

– Basta ! Mag « Grève à la Fonderie de Bretagne : malgré des milliards d’euros d’aides publiques, Renault roule ses salariés »

Communiqué de soutien de l’UCL à la FDB

– Ouest France « Ploërmel. La manifestation du 1er mai rassemble 80 personnes »

– Le Télégramme « Pour le 1er mai à Pontivy, peu de monde mais beaucoup de colère »

– Ouest France « Vannes. Une centaine de personnes au rassemblement du 1er mai »

– Le Télégramme « 1er-Mai : une centaine de personnes rassemblées sur le port de Vannes »


PS : Pour finir au sujet de la FDB, on ne peut s’empêcher de caler une petite phrase pour défendre notre chapelle : si la reprise de l’usine par Renault n’aboutit pas, ou pas de façon satisfaisante (par exemple une reprise avec moitié moins d’effectifs), peut-être les travailleur.euse.s pourraient-ils/elles considérer l’option de la socialisation : la reprise de l’outil de production en autogestion en disant fuck aux patrons qui, pour reprendre leur mot, les « trahissent ». Parce que le salariat n’est pas une fatalité, parce que l’industrie de l’automobile ne sera pas écologiquement viable dans une société post-capitaliste, parce qu’un autre monde est possible. Voilà, c’était la minute utopiste, on dit ça en passant, ça n’engage à rien.

Les mauvais jours finiront


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