Pays de Lorient : comme un air de backlash

La région de Lorient connait en ce moment plusieurs luttes sociales importantes. D’un côté les salarié.e.s de la Fonderie de Bretagne montent le ton face à Renault qui annonce poursuivre sa recherche d’un repreneur pour l’usine, ce qui cache en fait une volonté de fermer l’établissement, menaçant donc les plus de 380 travailleurs et travailleuses de la fonderie. De l’autre, les intermittent.e.s et précaires occupent le Grand Théâtre de Lorient depuis 2 mois maintenant afin de protester contre la réforme du chômage qui précarisera encore plus les populations et qui réclament le prolongement des droits des intermittent.e.s à tous.tes les précaires.

Malheureusement, on observe dans les 2 cas un retour de bâton (ou backlash en bon français) de la part des autorités locales et du patronat.

Une mobilisation toujours plus forte chez les fondeur.euse.s

Après plusieurs semaines de blocage de la Fonderie de Caudan et sans aucunes réponses de la part de Renault, les salarié.e.s passent à l’offensive.

Lundi ils et elles ont bloqués la sous-préfecture de Lorient afin que le Conseil Social et Économique (CSE) de Renault ne se tienne pas[1]. Ce dernier prévoyait en effet de trouver un repreneur pour l’usine, ce que les salarié.e.s refusent catégoriquement.

Mardi, suite à l’annonce de Renault de revendre l’usine, les fondeurs se rassemblent de nouveau devant la sous-préfecture pour exprimer leur colère[2]. À cette occasion, on a pu observer un déploiement inédit de gendarmes autour de la sous-préf. Ce sont 6 camions de gendarmes mobiles qui ont empêché l’accès au bâtiment à la cinquantaine de grévistes en colère.

Aujourd’hui Mercredi, les salarié.e.s ont bloqués la ligne ferroviaire à Lorient. Une visioconférence avec les patrons de Renault a été convenue à 15h à la sous-préfecture[3]. C’est la première fois que les représentants les salariés de l’usine vont être entendus par Renault (seront-ils écoutés ?).

Le déploiement exceptionnel de flics et l’obsession de Renault pour que la fonderie ai un repreneur et pour que l’activité reprenne dans l’usine nous permet de faire deux remarques. D’abord, la fonction des forces de l’ordre et leur rôle social (s’il est encore nécessaire de le rappeler) : la police n’est pas dans notre camp social, elle ne protège que les intérêts des capitalistes. Elle n’hésitera pas à faire abattre une forte répression contre les salarié.e.s et les syndicalistes si nécessaire. Ensuite, on a le sentiment que tout est joué d’avance. Malgré les appels des élu.e.s de la région de Lorient à Renault pour garder la fonderie, malgré les engagements à la relocalisation des industries, malgré la mobilisation admirable des travailleurs et travailleuses, on a l’impression que tout ça ne sont que des coups d’épée dans l’eau. Renault semble déterminé à ce que l’usine ferme. Ce ne serait pas étonnant au vu de la politique des gouvernement successifs depuis une vingtaine d’années, allant toujours dans le sens du capital et jamais des travailleurs, leur permettant de se comporter comme le fait Renault face à ses salarié.e.s.

Les intermittent.e.s et précaires sommé.e.s de quitter le Théâtre

Depuis le début de la semaine, il y a comme un vent de dégagisme au Grand Théâtre de Lorient. Les annonces nationales de déconfinement sont tombées fin avril dernier, laissant présager une réouverture des lieux culturels pour les 17-19 mai prochain. C’est dans cette perspective que la direction du Théâtre de Lorient prévoit une réouverture en juin. Cependant, il semblerait que cette décision de réouverture ne prenne pas en compte les occupant.e.s du Théâtre.

En effet, le 8 mai denier, au 55ème jour d’occupation, les occupant.e.s du Théâtre ont publié un communiqué via leur page Facebook informant que la sous-préfecture refuserait que le Théâtre réouvre si les intermittent.e.s et précaires continuent d’occuper[4]. Quelques jours plus tard, les autorités mises en cause démentent et assurent leur soutien aux occupantes et occupants[5].

Hier, total retournement de veste de la part du maire de Lorient (une spécialité de la droite) : désormais le maire appelle les intermittant.e.s et précaires à la “responsabilité” et de bien vouloir quitter les lieux, prétextant les conditions sanitaires[6]. En réalité, la raison est tout autre, et typique de la droite encore une fois : il faut que les occupant.e.s s’en aille car leur discour dérange. Le maire s’inscrit alors dans la ligne de la direction du Théâtre, souhaitant également le départ des occupant.e.s. Ces derniers et dernières, en revanche ne bougeront pas : “Nous sommes plus déterminés que jamais, on ne lâche rien ni personne”. À ce jour aucunes de leurs revendications n’ont été entendues et acceptées et la communication avec la direction du théâtre semble bouchée.

Face à ces tentatives d’enterrement des luttes sociales : faisons bloc

Il est plus que jamais nécessaire de nous unir en tant que classe contre la politique néolibérale du gouvernement qui précarise toujours plus la population, contre le capitalisme productiviste mortifère qui assassine les terres et les corps. Soutenons les intermittent(e)s et précaires qui occupent le Théâtre de Lorient. Soutenons les salarié(e)s de la Fonderie de Bretagne qui risquent de tomber dans la précarité.

Seule la lutte paye ! Solidarité avec tous les peuples en lutte


[1] France Bleu – “Les salariés de la Fonderie de Bretagne empêchent la tenue du CSE”

[2] Photos sur le Facebook de la CGT FDB & Ouest France – “Fonderie de Bretagne : le conflit social à un tournant”

[3] Photos de Facebook de la CGT FDB & Communiqué de l’UCL Lorient

[4] Communiqué disponible sur leur Facebook

[5] Ouest France – “Intermittents, la Ville n’envisage pas d’expulsion”

[6] Le Télégramme – “Le maire de Lorient invite les occupants du Grand Théâtre à quitter les lieux”


Pour suivre et contacter L’Hermine VNR :