Au delà de l’écologie bourgeoise : entretien avec le groupe anarchiste René Lochu (Vannes et alentours)

Avant d’aborder l’entretien, il semble nécessaire de clarifier l’objectif de cet article.

Tout d’abord, nous pouvons nous réjouir de constater que l’écologie, les luttes environnementales soient devenues des sujets majeurs et pris au sérieux dans le champ politique tout entier. Dès lors, elle est abordée par la gauche et l’extrême-gauche. Mais il y a plusieurs façon de l’aborder et il semblerait que la vision écologiste la plus répandue soit une vision légaliste, réformiste et surtout bourgeoise, et limite raciste parfois. C’est cette version de l’écologie qui met en avant que chacun peut et doit participer à la préservation de l’environnement et à la limitation du dérèglement climatique de façon très individualisée en effectuant de simples « écogestes », perçus alors comme les moyens et les fins de l’action écologiste : trier ses déchets, manger bio,  Ce qui amène souvent à de la culpabilisation envers celles et ceux qui ne peuvent pas en faire le plus possible, qui se trouvent être surtout les classes populaires. C’est cette même vision de l’écologie qui ne fait que supplier le pouvoir étatique de mettre en place de « bonnes lois écologistes » ou alors d’agir de bonne façon, au travers de collectifs « citoyens » par exemple (qui laissent donc de côté les personnes non-citoyennes ou déchues de leurs droits de ciyoyen.nes, comme les sans-papiers, les personnes emprisonnées, etc., au final cette notion de « citoyens » est très blanche et bourgeoise).

Cette vision très libérale ne mène qu’à dépolitiser le combat écologiste en y enlevant tous ses aspects véritablement contestataires et en ne proposant aucunes alternatives au système en place (à part peindre en vert des logos de marques et de créer des pistes cyclables). On les retrouve dans les très gentilles « marches pour le climat », comme on a pu en voir à Vannes ou à Lorient il y a quelque temps, ou encore lors de la marche contre Bayer-Monsanto. Il n’y a aucune analyse des systèmes de domination (capitalisme, racisme, patriarcat), qui sont les racines des problématiques écologistes. Car c’est bien ça être « radical » : c’est s’attaquer à la racine du problème. Mais ce manque ne provient pas d’une absence de pensées écologistes radicales, au contraire. Dès les années 1960-1970 des scientifiques et des militant.e.s ont alerté sur la dégradation de notre environnement et le dérèglement climatique et ont dès cette époque fait naître des analyses écologistes radicales, dans les différents milieux militants et notamment chez les anarchistes (les marxistes étant encore trop bercé.e.s dans le productivisme bolchévique). On citera parmi ces penseur.euses des années 1960-70 Murray Bookchin (1921 – 2006), fondateur de l’« écologie sociale » ; mais on peut trouver chez d’autres figures anarchistes précédentes des sortes de précurseurs d’une pensée écologiste et libertaire, comme chez Piotr Kropotkine (1842 – 1921) ou Élisée Reclus (1830 – 1905). Au fur et à mesure du temps, les luttes et pensées féministes se sont également emparées de l’écologie, donnant l’éco-féminisme (chez Janet Biehl par exemple) ainsi que le féminisme libertaire (chez les Mujeres Libres en Espagne par exemple). Le grand apport le plus récent à la pensée écologiste est son pendant antiraciste, décolonial et anticolonialiste, que l’on retrouve notamment dans les luttes des travailleuses et travailleurs agricoles en Martinique contre leur empoisonnement au Chlordécone par exemple.

L’entretien avec le groupe vannetais « René Lochu » a donc pour but d’explorer plus en détail la pensée écologiste et libertaire, dans le but, espérons, d’amener plus de radicalité dans les luttes écologistes à l’échelle de notre département. Le groupe a choisi de délivrer des réponses individuelles séparées, celles de B. et de S.

1- Comment définissez-vous l’écologie libertaire ?

* B : Je ne m’engagerai pas à donner mon avis pour les autres. Je te répondrai donc en tant qu’anarchiste individualiste.

L’écologie est libertaire dans la pratique de l’autogestion et du fédéralisme, puisque toutes décisions, réflexions partent du bas au niveau des communs, du local pour aller essaimer à des niveaux territoriaux plus larges, si effectivement ces décisions sont écologiques.

Personnellement, j’envisage la pratique écologique par la décroissance : de la consommation de masse, de l’énergie, de l’eau, des transports et la reproduction.

La suppression des bullshit jobs : industries de l’armement, du tourisme, de l’agro-alimentaire et dans le désordre : bourse, banque, assurance, publicité, statistique, consultant et des milliers de boulots non productifs de biens indispensables à la survie de l’espèce, auquel je ne pense pas et dont je ne soupçonne pas l’existence.

* S : Précisons d’emblée : notre groupe se revendique de l’anarchisme et est actif à Vannes et alentours. Une partie des membres est adhérente à la Fédération Anarchiste (FA) et participe aux travaux de celle-ci.

La FA, quant à elle, adhérente à l’Internationale des fédérations anarchistes, est une des composantes du mouvement libertaire en France. Elle est constituée de groupes et individus qui ont choisi de se coordonner à travers cet outil. Tout en préservant l’autonomie de ses membres, dans leur expression et dans leur fonctionnement, elle permet de démultiplier l’activité locale menée par chacun.e. Née en 1953, la fédération édite un mensuel (Le Monde Libertaire), fait vivre une radio (Radio Libertaire en FM et sur le net) depuis 1981, édite des livres et brochures, produit du matériel militant, anime une librairie (Publico à Paris), etc.

Je ne suis pas sûr que la FA use spécifiquement du terme « écologie libertaire ». J’ai trouvé néanmoins l’expression dans une motion de… 1977 (!), à l’occasion d’un positionnement contre l’énergie nucléaire : risques sanitaires, centralisation de la production d’énergie, accentuation du contrôle sécuritaire tant celle-ci est dangereuse et liée au nucléaire militaire.

En revanche, sur les 20 dernières années, la FA a adopté deux textes d’analyse et d’orientation politique en faveur de la décroissance. On peut les résumer en cinq postulats :

1- Le système dans lequel nous vivons est le capitalisme. Fondé sur la propriété privée des moyens de production, son but est le profit via l’exploitation et la recherche de l’expansion permanente : la croissance.

2 – Les innovations technologiques, dont le numérique, comme le développement dit durable, loin d’être des solutions, entraînent une fuite en avant du cycle production-consommation, donc des prélèvements de matières premières et de sources d’énergies, accentuant les pollutions.

3 – L’État, intrinsèquement allié et lié aux groupes capitalistes, n’est pas un arbitre neutre et régulateur. Au contraire il met en place le cadre législatif permettant les grands travaux industriels et d’aménagement du territoire. Il subventionne les entreprises, prend en charge les dégâts, et… réprime les oppositions.

4 – Comme nos sociétés vivent en sur-régime, une décroissance est indispensable. Elle consiste à réduire la quantité de matières et d’énergie pour satisfaire les besoins des humain.e.s, en tenant compte des capacités de la planète. Elle ne peut donc être simplement une vertu individuelle. La société ne pourra changer par le vain espoir d’une conquête des institutions de pouvoir politique, lesquelles, de toutes façons ne sont pas faites pour limiter la dynamique capitaliste…

5 – Pour que la décroissance ne soit pas synonyme de barbarie, imposée par un système autoritaire, mais bien associée à la justice sociale (partage des richesses) : il appartient aux travailleurs et travailleuses, aux usager.e.s et aux consommateurs & consommatrices, de définir les besoins réels à satisfaire (de jolis débats en perspective !) et de prendre en main en autogestion le système de production et de distribution.

Il en résulterait une baisse du temps de travail et de meilleures conditions de vie. C’est un… pari socialiste, écologiste et libertaire ! Il s’agit de se « décoloniser l’imaginaire ». Des expériences historiques ou en cours (comme celle des Zapatistes du Chiapas) montrent que dans certaines circonstances, des groupes humains peuvent ainsi s’auto-organiser sur une vaste échelle.

On l’aura compris, cela n’a rien à voir avec les systèmes ayant sévi dans les Pays de l’Est. Le communisme d’État était un capitalisme d’État, avec une classe dirigeante, contrôlant tout, s’enrichissant et décidant seule de ce qui est produit, avec toute la gabegie s’y associant.

logotype de la FA, cliquez pour aller sur leur site

La pratique des entités de la FA consiste à participer aux luttes écologistes, ici et là, à dénoncer l’impasse électoraliste, à mettre en avant l’idée et les pratiques autogestionnaires, à débattre d’une autre société, jusqu’où mèneraient la décroissance, la désindustrialisation, une production à échelle humaine, sachant que rien n’est neutre. La FA, au travers des groupes et individus qui la font vivre, via les moyens d’expressions qu’elle s’est donnée, se fait l’écho des luttes, des alternatives et de ses analyses. La ZAD de Notre-Dame-Des-Landes fut très nourrissante pour nous : tout en organisant la lutte contre « l’aéroport et son monde » via des actions directes, du sabotage, s’élaboraient d’autres modes de vie plus frugaux, en autogestion, aussi cahin-caha soient-ils… Champ expérimental de la contestation, elle a eu un retentissement international, des personnes « étrangères » participant et s’intégrant à cette forme de « Commune », comme en 1871 à Paris.

2- En quoi cette perspective libertaire se distingue-t-elle de l’écologie dominante, « mainstream », bourgeoise ?

* B : L’écologie dominante a toujours le projet de la croissance, elle ne propose pas de solutions viables, juste quelques sparadraps et/ou des projets scientifiques délirants. L’économie dans son sens strict n’existe pas (économiser les ressources), la proposition est d’assujettir l’écologie à l’économie dans le sens du profit capitaliste et de continuer à détruire l’environnement, mais avec une communication adaptée, voire quand le problème va se corser, avec une répression adaptée à l’ampleur de la crise.

* S : La revendication écologiste tolérée par le système a plusieurs visages.

– Il y a celle qui permet de créer de nouveaux marchés, d’impulser le capitalisme (ou la croissance) appelé(e) « vert(e) », bien que lorsqu’on gratte un peu, on voit bien qu’il y a peu de « vert » mais surtout la logique de profit. On peut l’appeler « bourgeoise » si tu veux dans le sens où ce sont les actionnaires, le patronat (les riches) et le sommet de l’État qui sont à la manœuvre. L’offre de ces nouveaux produits « verts » n’est d’ailleurs pas antinomique avec la perpétuation d’une production dégueulasse (voitures électriques, fraises bios en monoculture avec des salarié.e.s étranger.e.s exploité.e.s). Au royaume du Capital, tout est bon pour faire du pèze : le luxe et la qualité pour les riches, le bas de gamme pour les pauvres.

– L’écologisme accepté est aussi celui qui consiste à être « gentil.le », à méditer ou prier pour le monde, à bien trier ses déchets (les ordures ménagères ne représentent que 4 % de la masse mondiale des déchets mais elles sont un gisement de profits pour les entreprises privées du tri et du recyclage, qui ont négocié à leur grand avantage les contrats avec les collectivités locales). Je ne dis pas que trier ses déchets est une mauvaise chose, je le fais aussi, mais il ne faut pas se raconter d’histoires : on « travaille » gratis pour Veolia et consorts qui valorisent ensuite sur le marché leur collecte et qui ne veulent surtout pas une baisse des volumes. Tant qu’on ne remonte pas à la « source » de la création/production de ce qui devient un déchet (comme le suremballage, le jetable et l’obsolescence programmée par exemple), c’est un puits sans fin. Sisyphe : le retour !

– L’illusion écologiste est aussi celle qui veut se présenter aux élections, donc qui légitime le système actuel et qui noue des alliances avec des partis productivistes. L’accession d’écologistes dans les sphères du Pouvoir a montré leurs renoncements et leurs limites.

– Mais, parce que de plus en plus de monde devient conscient que ce sont des impasses, on voit des manifestations contestataires fleurir mais in fine s’arrêter en chemin : elles demandent aux instances politiques d’intervenir, de limiter la folie des entreprises… Ce qui aboutit à la Convention Citoyenne pour le Climat… aux résultats quasi nuls. Cette dernière est un bon thermomètre pour faire comprendre la supercherie de l’État au service du Capital.

– Plus intéressantes sont les alternatives, la recherche d’une plus grande autonomie, les habitats collectifs avec productions potagères, etc. Pour autant, il ne faut pas se mentir : si la société capitaliste continue à côté, personne n’y échappera. Une zone commerciale peut être construite dans une zone verte, une ferme industrielle peut s’installer à proximité… Tu peux avoir ta maison super autonome avec un jardin tout en bio et … te faire exproprier par les Pouvoirs publics pour la construction d’un réacteur nucléaire (que l’État présente faussement comme énergie « décarbonnée ») ! Bref, créer des modes de vie selon la simplicité volontaire sans s’attaquer aux logiques capitalistes et étatiques (qui sont entremêlées, je me répète) ne changera pas grand-chose fondamentalement… et vice-versa aussi en quelque sorte.

– Par ailleurs, une des spécificités de l’analyse anarchiste et spécialement de la FA, incompatible avec une écologie qui cible les individus, plutôt que les décideurs et organisateurs de la catastrophe en cours, est de dénoncer le complexe militaro-industriel : fabrications et ventes de matériels militaires (air, terre, mer), exercices militaires avec usages d’armes et transports de troupes, guerres… Accaparement et détournement de moyens techniques et humains pour un seul but : la domination par la mort, la terreur et la destruction (de tout ce qui vit : outre les humain.e.s, animaux et végétation n’échappent pas au feu des bombes) ! Au décollage, un Rafale consomme 110 litres de carburant à la… minute ! Le milieu écolo a (trop) souvent cet angle mort dans ses analyses. A leurs origines, même les partis écologistes étaient pacifistes. Mais, au fur et à mesure de leurs progrès électoraux et de leur volonté « réaliste » (comprendre : « compatible avec le système en place ») ils ont beaucoup amoindri leurs discours sur le sujet. Et pourtant la démilitarisation de l’ensemble des sociétés serait un bienfait pour tout le monde, sur tous les plans : sociaux, éthiques, écologiques, économiques…

– Et, comme ma camarade, pour moi, la question de la natalité doit être posée. L’impact écologique se mesure par la multiplication de nos moyens techniques par le nombre d’individus. Dans une société de classes, les plus aisé.e.s ont un impact dévastateur contrairement aux plus démuni.e.s, lesquel.le.s sont de surcroît les plus exposé.e.s aux pollutions. Dans des sociétés égalitaires, où personne ne sera privé.e de moyens d’existence et de bien-être, il faudra trouver l’équilibre…

– La question suivante me tient à cœur : tout le milieu militant s’accorde pour condamner les productions de viande, poisson, lait, œufs, cuir, laine, miel et fourrure issues de l’élevage industriel ainsi que la pêche intensive et la chasse de loisir, tant ses pratiques sont destructrices pour l’environnement et pour les premiers concernés : les animaux.
Effectivement, sur la biomasse des mammifères peuplant aujourd’hui la Terre : 60 % sont d’élevage, 36 % sont des humains et… 4 % sont sauvages.
En ce qui concerne les oiseaux, 71 % sont d’élevage (en majorité des poulets) et 29 % seulement sauvages. Pour laisser de la place et pour permettre un repeuplement, il convient de réduire considérablement les cheptels et donc massivement la consommation de produits animaux. De toute manière, l’élevage non intensif ne peut répondre à la demande, d’autant que la population mondiale s’accroît. De plus, aussi contre intuitif que cela soit, les vaches nourries à l’herbe émettent plus de méthane (gaz à effet de serre) par fermentation entérique que le fameux duo soja-maïs. Or les productions végétales destinées directement à l’alimentation humaine, sans passer par l’intermédiaire animal, occupent beaucoup moins d’espaces et peuvent satisfaire tous les besoins humains. Cette question de la revégétalisation de l’alimentation est sur la… table. Mais là aussi il faut sortir ces productions de l’emprise capitaliste, notamment des pratiques de spéculation. Recherches d’autonomie et de partage sont nos plus fécondes mamelles. Reste ouvert le débat autour de la légitimité ou de l’illégitimité de tuer (ou faire tuer) un être sensible (sentient). Le mouvement libertaire, comme d’autres, est divisé sur le sujet.

3- Votre organisation est révolutionnaire. Qu’est-ce que cela implique dans votre rapport à la lutte écologiste ? Quelle place doit-elle occuper au sein du mouvement social selon vous ?

* B : La lutte écologique est indissociable de la lutte sociale, il n’y aura pas d’écologie viable sans une société égalitaire et partageuse ; les problèmes liés à la destruction de notre environnement sont mondiaux, nous ne survivrons pas avec des solutions locales d’enfermement et de repli.

La relocalisation des productions de survie doit être mondiale. Les migrations devront être prises en charge par tous-tes.

La religion du « travail et consomme » doit être abolie, au profit du partage des tâches et des ressources, du mieux vivre en commun, de l’implication de tous-tes dans l’éducation, le soin, la culture de la nourriture physique, philosophique et artistique.

banderolle de militant.e.s de la FA lors des manifestations contre la loi travail en 2016

* S : Ne rien attendre des dirigeant.e.s politiques : les jeter dans les poubelles de l’Histoire ! Bloquer le système économique actuel pour le réorienter ne pourra se faire qu’avec celles et ceux qui y travaillent (et parfois contre, s’ils et elles sont à ce point aliéné.e.s à leurs chaînes), ce qui implique de soutenir les luttes qui dépassent le simple cadre de l’augmentation de salaire mais qui questionnent le sens de la production. Et s’il faut prendre des chemins de traverse, sortir du cadre de la légalité, allons-y car leurs lois ne sont pas les nôtres, ne sont pas notre éthique !

Il faudra aller bien plus loin et ce sera autrement plus… chaud (!) : devenir nous-mêmes maîtres de l’économie, c’est-à-dire nous emparer des moyens de production et de distribution et en reconvertir une bonne partie vers des activités soutenables et pacifistes. En fait, c’est simple : si on ne le fait pas, c’est comme si on ne faisait (presque) rien. Nos défilés, nos boycotts n’ont et n’auront que des effets marginaux. Comme j’en fais beaucoup, je vois bien les limites et surtout qu’on s’enfonce de plus en plus.

4- Quelles sont les luttes écologistes locales, dans le département du Morbihan, que vous soutenez ou auxquelles vous prenez part ?

* B : Avec les collectifs contre les fermes usines du Morbihan, et avec le collectif Extinction Rebellion de Vannes (XR), et tout rassemblement, Zad et appel large en faveur de la lutte écologique.

* S : Le groupe a 25 ans d’existence, il a eu tout le loisir de participer à un paquet de mouvements : pour l’eau (non polluée et autogérée), pour une agriculture bio et paysanne (et pour certain.e.s : végane), contre les incinérateurs (ordures ménagères à Plouharnel, farines animales à Plouray), contre le nucléaire et pour des énergies alternatives, contre l’extraction de sables marins par le cimentier Lafarge à Erdeven, contre les Ogm, l’aéroport de NDDL, en soutien aux ZAD, etc.

5- À l’échelle nationale, comment imaginez-vous l’avenir du mouvement écologiste ? Va-t’il se radicaliser ou, au contraire, se légaliser et s’embourgeoiser encore plus ? Doit-il se radicaliser ?

* B : Le mouvement écologiste a déjà plusieurs partis participant à la mascarade électorale et à la solde du profit, et puis il y a divers mouvements qui seront récupérés ou pas par la politique politicienne.

La radicalisation viendra des deux faces de l’écologie, celle agréée par les pouvoirs en place, par la répression lorsque les problèmes vont s’intensifier et provoqueront des désastres économiques, sanitaires, sociaux… et celle des mouvements indépendants qui monteront au créneau face aux désastres… une escalade de la violence.

Il y a une forme de radicalisation non violente, c’est le boycott et la grève de la consommation. Le siècle dernier a vu les luttes sociales se développer par la grève et la paralysie de l’outil de production entre autre, avec des résultats.

La grève de la consommation est le seul outil qui attaque les profits du capital et peut le faire reculer, cela fait des années que je pratique et ce n’est pas difficile, mais tout comme les luttes pour les acquis sociaux du XXe siècle, il faut que cette grève soit massive, mondiale et sans faille.

Et la plupart du temps, je passe pour une imbécile, puisque tout le monde n’adhérera pas à cette grève, c’est la réponse des militants de base…. Sans commentaire.

D’ailleurs les pouvoirs en place ont déjà récupéré l’idée et ont coupé l’électricité une fois ou deux dans les villes avec beaucoup de communication, afin de nous éduquer, de nous déculpabiliser, puisque ce sont les consommateurs qui détruisent l’environnement…

* S : Se radicaliser signifiant non pas devenir extrémistes mais aller jusqu’à la racine des problèmes, on ne peut que souhaiter une radicalisation générale ! Le mouvement écologiste est déjà très divers et largement embourgeoisé, dans le sens où le système capitaliste n’est pas questionné sur ses bases. La question des classes sociales est évacuée au profit d’une critique des humain.e.s, ce qui permet à certain.e.s de mettre sur le même plan quelqu’un.e de désargenté.e qui vit au fond de l’Afrique et un.e riche d’un des pays riches, membre de la jet set qui sillonne la planète en avion privé pour conclure des contrats aux effets dévastateurs mais lucratifs.

Je me démarque de ma camarade sur l’importance donnée au boycott, même s’il demeure un moyen d’action : dans le système capitaliste, c’est l’offre qui fait la demande, pas le contraire. Ne pas avoir de téléphone mobile ou d’automobile est contraignant dans notre société organisée autour de ses prothèses. La plupart des gens sont captifs, ne peuvent y échapper. Et si boycotter les avions de guerre est à la portée du premier venu, les industriels ne se privent pas d’en construire et les États d’en acheter avec… l’argent de nos impôts ! Je le redis : nous – les gens – devons prendre les commandes de la production et mettre fin aux systèmes hiérarchiques, pour être à la fois dirigeant.e.s et exécutant.e.s. de ce qui peut être produit, avec la connaissance de tous les impacts écologiques inhérents.

6- Aujourd’hui, quel(s) rôle(s) les anarchistes peuvent-iels jouer au sein du mouvement écologiste ? Autrement dit : comment radicaliser le mouvement écologiste ? Comment y faire vivre nos idées et ambitions révolutionnaire ? Tant au niveau national, qu’au niveau du Morbihan.

* B : En transmettant, l’idée et la pratique du boycott, en éduquant sur la consommation, en informant sur les circuits de cette consommation.

En diffusant l’Histoire, les connaissances sur le mouvement, encore de l’éducation.

En utilisant ses compétences pour participer à toutes les luttes écologiques et sociales en cours et à venir.

En créant des réseaux d’entraide afin de mettre en œuvre et en acte l’anarchie.

En rachetant collectivement des terres qui seront intouchables par les multinationales et les destructeurs de l’environnement, en y créant des oasis de biodiversité et des projets de vie en commun, en y semant les graines de l’anarchie.

* S : L’investissement anarchiste est à la fois local et … international ! Les radiations atomiques et les gaz à effet de serre ne connaissent pas les frontières : nous non plus ! La lutte est ici et ailleurs. Il est important d’être solidaires avec toutes les personnes et tous les collectifs qui luttent, les soutenir quand ils font face à la répression, peu importe le lieu où ils et elles vivent, pour qu’elles gagnent le plus possible.

Participer aux luttes, soutenir les alternatives, faire naître le débat, montrer les impasses de certaines revendications compatibles avec le système capitaliste et son appareil étatique, pousser à la grève générale,… Comme dans l’An 01 : on arrête tout, on fait un pas de côté, on réfléchit… et c’est pas triste !

Là encore, j’ai un point de vue un peu différent de ma camarade : peut-on cohabiter avec les multinationales, se créer des îlots ? Toutes ces expériences qui tendent à l’autonomie, à l’entraide, montrent une autre façon de vivre. Elles sont une respiration dans notre société en état de course permanente. Elles peuvent préparer ce fameux « monde d’après ». Mais l’État ne tolère pas longtemps ce qui le menace sur ses bases. La logique des multinationales est la domination et l’expansion. Tôt ou tard il y aura confrontation. On ne joue pas dans la même cour pour acheter des terres. Les multinationales (ou simplement le capitalisme national, français, aussi grave que les autres) doivent disparaître, tout comme à leurs yeux « nous » devons être balayé.e.s ! La lutte sera mortelle. Ce qui ne veut pas dire pendre leurs dirigant.e.s et actionnaires mais faire en sorte qu’ils et elles deviennent des producteurs et des usagers comme les autres, pas au-dessus, ni en-dessous. Exproprié.e.s de leurs Pouvoirs, mais devenu.e.s égaux-égales.


Merci à elleux-deux d’avoir répondu à ces questions. Nous espérons sincèrement que cet entretien vous a intéressé. Vous pouvez retrouver des liens et adresses pour contacter leur groupe dans l’onglet “Copaines et liens” de notre site.

Cependant, cet entretien ne s’est concentré que sur des aspects politiques et économiques, qui sont les aspects « classiques » de la pensée libertaire. Des sujets très importants n’ont donc pas pu être abordés, tels que : les liens entre les luttes féministes et l’écologie, ainsi que les liens entre les luttes anti-racistes et anti-colonialistes et l’écologie. Ainsi, pour aller explorer tous ces sujets, on vous conseille :

– le Collectif Cases Rebelles ; « PanAfroRévolutionnaires » : http://www.cases-rebelles.org/ et sur les réseaux sociaux

– le livre Une écologie décoloniale, de Malcolm Ferdinand, aux éditions du Seuil : présentation sur le site web de la maison d’édition

– le reportage « Décolonisons L’écologie » réalisé par des militant.e.s anticolonialistes, écologistes et libertaires sur l’empoisonnement de la Martinique au Chlordécone : la bande annonce sur YouTube & un débat avec Canelle, un.e des co-réalisateurices du reportage, avec Malcolm Ferdinand et Ruth Paluku-Atoka, dispo sur YouTube

– la chaîne YouTube « Game Of Hearth » ; « Une chaîne qui parle d’écologie politique et de féminisme, à travers les écrits théoriques » : une présentation de la chaîne sur YouTube

– le blog « Contre-Attaques » ; « Blog d’écologie radicale. Anarchisme, écologie politique et luttes sociales. » : https://contreattaquesecologieradicale.wordpress.com/ et sur les réseaux sociaux

– l’émission de Radio Libertaire « Sortir du capitalisme », notamment celle intitulée « Murray Bookchin, pour une écologie libertaire anti-capitaliste » : à écouter sur YouTube


PS : on pourrait également parler des liens entre l’antifascisme et l’écologie, mais ce sera pour une prochaine fois.


Pour suivre et contacter L’Hermine VNR :