Théâtre de Lorient : expulsé.e.s mais pas essoufflé.e.s !

La lutte continue !

C’était en effet le mot d’ordre de cette Agora, le 5 juin dernier. Devant le Théâtre de Lorient, redevenu gris et triste depuis l’expulsion qui a eu lieu la veille au petit matin, les militantes et militants (ex-occupant.e.s) déclament leur détermination toujours intacte. Iels rappellent leurs revendications :

– le retrait de la réforme de l’assurance chômage, applicable au 1er juillet de cette année, qui engendrera une perte d’environ 150€ pour les chomeur.euse.s qui touchaient déjà 900€ ; ce qui « rajoute de la précarité à la précarité » selon Ali, militant et ex-occupant

– la prolongation de l’année blanche pour les intermittent.e.s et l’élargissement de ce régime à tous les précaires effectuant des emplois discontinus ; une prolongation partielle de 4 mois a été annoncée pour l’instant

– l’allongement des droits au chômage ; car 90 % des bénéficiaires ne seront pas renouvelés au 31 décembre prochain

– la baisse du seuil d’accès à l’assurance chômage ; elle est actuellement de 507 heures et est difficilement accessible pour toustes ; les militant.e.s expliquent que depuis une trentaine d’année le travail discontinu s’est imposé et les chomeur.euse.s ont été laissé de côté par les pouvoirs publics et les milieux militants, comme si cette lutte ne valait pas la peine et que les chomeurs et chomeuses étaient des fainéant.e.s ne valant pas la peine que l’on se batte pour leurs droits

– l’accès aux congés maternités et maladie pour toustes

– une revalorisation des cotisations retraite afin que ces-dernières puissent se retrouver dans des services publics de qualité

– un plan de soutien à l’emploi : car si les gens travaillent, iels peuvent cotiser et donc améliorer les services publics ; ce plan ne se restreint pas au seul secteur de la culture, il doit être global affirment les militant.e.s

– que le Conseil National des Professionnels du Spectacle rencontre le 1er ministre afin de régler la situation dans le secteur de la culture ; une rencontre a été faite avec les ministres du travail et de la culture, décidant de basculer le régime des intermittent.e.s du spectacle dans le ministère de la culture, une demande du MEDEF depuis très longtemps ; prouvant une fois de plus que l’État bourgeois ne satisfait que les intérêts de la bourgeoisie (ça n’est pas une grande surprise)

– l’abrogation des lois « scélérates » : sécurité globale, séparatisme (ou « confortant le respect des principes de la République ») et Pass Sanitaire ; qui attentent aux libertés, qui sont racistes et islamophobes, qui participent au développement de l’autoritarisme de la société ainsi que de sa fascisation croissante

Sentiment de trahison

Après l’Agora, plusieurs militantes affirment leur immense déception et leur sentiment de trahison vis-à-vis du Maire de Lorient ; ayant dans un premier temps apporté son soutien à l’occupation, mais s’étant rétracté très vite. Le contact avec la mairie de Lorient n’a en fait jamais été tout à fait serein : les rencontres se déroulaient dans des espaces d’autorité répressive, la mairie, avec la direction du Théâtre de Lorient, n’a eu de cesse de manipuler l’opinion dans les médias. Une militante confie même qu’il est « facile de communiquer quand on ment ».

Lors de l’Agora, des militant.e.s ont également lu des lettres adressées respectivement au maire de Lorient, Fabrice Loher, et au directeur du Théâtre de Lorient, Rodolphe Dana. Celles-ci sont sensiblement similaires : elles témoignent des mensonges éhontés des deux personnages. L’un prétextant qu’il n’y a « pas de terrain d’entente » avec les occupant.e.s du Théâtre, mais refusant le dialogue et menant une chasse aux pauvres et précaires. L’autre revendiquant son soutien envers les compagnies locales alors que la programmation du Théâtre de Lorient n’en compte aucunes, tout en revendiquant également son soutien aux occupant.e.s mais n’étant jamais présent pour préparer ou prendre part aux manifestations, se repliant ainsi sur lui-même jusqu’à s’isoler totalement des militant.e.s et de leur lutte.

Malgré tout, le moral est bon

L’expérience de l’occupation reste un bon souvenir et un exemple que les précaires et les intermittent.e.s peuvent s’organiser et lutter pour leurs droits. De plus, iels ont réussis à ouvrir l’occupation à de nouvelles luttes, comme on l’a vu plusieurs fois avec la manifestation contre Bayer-Monsanto ou lors de la Marche pour le Climat organisée par Youth For Climate – Lorient ; ce qui laisse également de beaux souvenirs ainsi que la réjouissance d’avoir réussi une belle convergence des luttes.

Le soutien presque automatique apporté par le maire de Lanester après l’expulsion, mettant à disposition un local de 90m² pour les militantes et militants, a très certainement participé au maintien du moral chez les ex-occupant.e.s. [1]

Certes, c’est une page qui se tourne, mais qui annonce le début d’une nouvelle page, et l’espoir d’une victoire.

Vous pouvez soutenir les militantes et militants en lutte pour une culture populaire et contre la réforme du chômage qui précarise encore plus les précaires :

– Donnez sur la cagnotte en ligne

– Suivez leur actualité sur leur page Facebook

– Informez-vous et Engagez-vous sur leur site internet


[1] Le Télégramme, “Les intermittents du spectacle en grève reçoivent le soutien du maire de Lanester“, 04/06/2021


Pour suivre et contacter L’Hermine VNR :