Abattre les grandes villes avec Guillaume Faburel

Cet article rend compte de la 1ère partie de la « rencontre ». Plutôt qu’une analyse en profondeur, il s’agira ici de présenter une introduction à la critique métropolitaine et à l’écologie post-urbaine.


Jeudi 14 octobre 2021. 19 heure. Lorient, comme à son habitude, est animée tandis qu’à librairie-hybride Fracas le public s’installe devant Guillaume Faburel, enseignant-chercheur en géographie, urbanisme et sciences politiques à l’université Lyon-2 ainsi qu’à l’Institut d’études politiques de Lyon, venu présenter et débattre autour de ses deux derniers ouvrages : Les Métropoles Barbares ( Le passager clandestin, 2018) & son Manifeste pour une société écologique post-urbaine, judicieusement titré Pour en finir avec les grandes villes (Le passager clandestin, 2020).

L’auteur et le co-gérant des lieux, Guillaume (un autre), prennent place face au public, et ainsi la soirée peut démarrer.

Avant d’attaquer directement avec les questions de fond (posées par Guillaume de Fracas), il convient de faire un point sur les objectifs des deux ouvrages, qui partagent pourtant les mêmes sujets à savoir les devenirs urbains et le phénomène métropolitain. Celui publié en 1er, Les Métropoles Barbares, est plutôt destiné à un public académique et en porte les formes (mêlant recherches de l’auteur et de ses collègues ainsi qu’une bibliographie fournie) tandis que le Manifeste se veut plus ouvert, plus « tout-public » et contient plus d’entretiens. Les deux bouquins sont en fait 2 formes d’expression de sa critique de la métropolisation, de l’urbain ; chose que l’on va aborder maintenant.

Couvertures des 2 ouvrages qui nous intéressent aujourd’hui

1ère question : On a toujours l’impression que la dystopie urbaine interviendra plus tard, mais n’est-elle pas déjà présente sous certains aspects ?

Il y a en effet une tradition dans la Littérature (francophone mais aussi internationale) de présenter la ville dystopique comme un phénomène intervenant dans 30 à 300 ans. On la présente comme étant toute-puissante et contrôlant tout par sa police et sa technologie de vidéosurveillance par exemple. Or ce phénomène métropolitain est déjà présent dans nos vies, et il suffit de regarder autour de nous pour s’en apercevoir. Mais ce phénomène n’est pas uniquement une question de contrôle physique et technologique ; ce que l’on peut nommer « urbanisme policier » ou « militaire ». Il se loge aussi dans notre appétence pour le mouvement, dans le spectacle quotidien (au sens que lui donne Guy Debord), dans notre rapport à la marchandise. Il s’agit de tous les phénomènes et pratiques, conscientes et inconscientes, qui font que nous nous soumettons, qui distillent en nous toutes et tous la servitude et qui, en définitive, rend de plus en plus difficile de lutter depuis l’intérieur des villes.

2ème question : Qu’est-ce que l’urbain ? En avons-nous tous un peu en nous-même ?

En effet, l’urbain n’est pas uniquement le béton. On parle souvent de « l’exode urbain » dans les médias. Celui-ci serait en train d’avoir lieu, mais est fortement réfuté par les forces dominantes, car la ville est le cœur battant du capitalisme, il est donc absolument nécessaire pour ces forces de conserver le plus de monde possible dans les (grandes) villes. En fait, il n’est pas question de savoir s’il y a effectivement un « exode urbain » ou non. On assiste en fait à un étalement de l’urbain, tant dans les les imaginaires et présupposés idéologiques que dans les comportements : l’idée de progrès illimité, des façons de consommer tel produit ou service, le rapport à la mobilité (qui est au fondements même de nos comportements et imaginaires urbains). Tout cela ne tient debout que par nous.

3ème question : Il semble qu’aujourd’hui on construise des villes sans même savoir qui ira les habiter. Peut-on faire un parallèle avec le complexe carcéralo-industriel qui construit des prisons sans même savoir qui mettre à l’intérieur ?

Il y a une idée partagée qu’il faudrait « s’entasser » dans les grandes villes. Or, plus nous sommes massifiés, plus il y a de contrôle ; là est la dimension carcérale des grandes villes. Cette centralité de l’urbain dans nos vies a d’abord forcé à l’exode rural au XIXe siècle, puis, une fois que ces populations anciennement paysannes sont devenues précaires, on les a fait reculer vers les banlieues. Il faut bien comprendre que les pratiques et pensées de l’aménagement du territoire sont des pensées coloniales : inventées et imposées dans les colonies pour assurer un contrôle des populations. Il faudrait interroger le rôle de l’État à ce sujet, qui a travaillé, et travaille toujours, main dans la main avec les forces du Capital ; il suffit de voir la hausse vertigineuse du taux d’urbanisation en France, ce qui impose une pression insoutenable sur les écosystèmes. L’État se donne les moyens de nous distribuer de l’urbain, ce qui ne fait que renforcer le Capital. Il y a un faux débat chez les écologistes libéraux : il faudrait dé-densifier les villes pour les rendre plus écologiste. Recycler les grandes villes ne résoudra pas le problème, car le problème sont les grandes villes. Ce schéma colonial de la métropolisation, où le Béton joue un rôle important (non-seulement en tant que matière mais aussi par les imaginaires qui l’accompagnent), impose, en dernière analyse, une uniformisation de l’environnement (humain comme non-humain). Les villes moyennes comme Lorient ou Vannes s’inscrivent aussi dans ce processus ; le but est de croître à l’infini.

4ème question : Dans le Manifeste on retrouve beaucoup de « success-stories » de personnes ayant quittés les villes pour la campagne afin d’y accéder à une autonomie alimentaire. Ces personnes ont quasiment toutes un haut (voire très haut) niveau d’étude et donc une place sociale élevée. Mais quid des plus précaires ?

Il est clair que les classes populaires sont les plus asservies, d’une part, par leur environnement (habitat, travail, entre autre) et, d’autre part, par ce qu’on leur présente comme une « émancipation » (créée par le capitalisme) à travers la marchandise.

Cependant, elles sont assurément les plus vertueuses écologiquement. De part leurs origines sociales et culturelles, les notions de solidarité et d’entraide sont très ancrées chez elles. Elles sont, certes, les premières victimes mais surtout celles avec le plus de solutions à nous apporter. On pourrait prendre en exemple la lutte pour les jardins ouvriers d’Aubervilliers, ou encore l’expérience de « l’Après M » dans les quartiers nord de Marseille.

5ème question : Vous abordez la question de l’habitat futur dans vos ouvrages, comment percevez-vous l’avenir du logement dans une société post-urbaine ?

L’idée principale à ce sujet est de rendre de la décence dans nos habitats et de la solidarités entre nous toutes et tous. C’est à l’opposé des fausses bonnes idées de « villes écologiques et numériques » proposée par Macron et ses fidèles. Il n’est plus question de construire de nouveaux logements mais de prendre et réhabiliter les logements déjà présents, ce serait déjà une bonne avancée. Il est aussi important de redonner de la terre, autour de 1000m² par habitant semble être suffisant pour assurer l’autonomie alimentaire et abaisser la pression sur les écosystèmes. Construire des communautés de 3000 à 20 000/30 000 habitant.e.s maximum afin de créer des liens de solidarité les-un.e.s-les-autres et nous autogérer. Il est nécessaire de penser et mettre en acte une autre géographie et d’autre formes de vie écologiques. C’est une question politique dont il faut que nous nous emparions.


A la suite de ces questions, Guillaume Faburel a effectué un temps de question-réponse avec le public, dont nous ne rendrons pas compte ici.

Toute une littérature de l’urbain que vous pourrez trouver à la librairie-hybride Fracas 😉

Retrouvez Les Métropoles Barbares, sur le site de la maison d’édition

Retrouvez Pour en finir avec les grandes villes. Manifeste pour une société écologique post-urbaine, sur le site de la maison d’édition

A propos de “L’Après M” : “Alternative #21 : L’Après M, un fast food social dans les quartiers Nord de Marseille”, une vidéo de la chaine YouTube “Pays des Alternatives

Articles sur paris-lutte.info à propos de la lutte pour les Jardins ouvriers d’Aubervilliers :


Pensez à partager cet article autour de vous s’il vous a plu !