Entre hip-hop hybride & communisme libertaire : interview de Lebrac pour l’EP “Rude B★Boi”

Lebrac est un rappeur et musicien indépendant anarcho-communiste qui mélange plusieurs cultures musicales et militantes : hip-hop, rudeboy et skinhead antifasciste.

Il a sorti très récemment un EP (5 titres) intitulé “Rude B★Boi”, dispo à partir de 1€ et en écoute libre sur Bandcamp : https://lebrac-rashmusic.bandcamp.com/album/rude-b-boi-e-p

1 – Tu l’annonces dès le départ dans ta présentation sur Bandcamp, tu te places entre plusieurs cultures : skinhead, rudeboy & hip-hop. Tout ça donne un son très varié et multiculturel ; avec des instruments qui ne sont habituellement pas mélangés (beats hip-hop modernes + orgue, trompettes, etc.). Quelles sont tes références, tes inspirations musicales pour cet EP ?

Déjà, la grosse racine pour moi c’est chez The Clash. C’est le premier groupe de prolos blancs entre punk et reggae à avoir chanté avec un débit de paroles style hip-hop (comme sur le morceau The Magnificent Seven par exemple). Après je peux citer La Mano Negra, pas tellement pour le fond mais pour la démarche musicale. Au niveau des groupes qui mélangent des esthétiques rap, punk, reggae/dub/ska je peux citer 2 groupes : La Phaze et Monsieur Z.
Je fais du rap parce que j’entends pas ce que j’ai envie d’entendre.
Mais du côté politique (ce que je pourrais appeler du « rap rouge et noir »), y’a évidemment Skalpel, L’Alerte Rouge, La Vermine dont j’ai pris des samples de voix pour l’EP. Pour le punk : Bérurier Noir, direct, et Brigada Flores Magon. Pour ce qui est reggae, je me tourne plutôt vers la fin des années 1960 – début des années 1970. Pour le ska, un peu tout ce qu’ont pu produire des labels comme Studio One & Trojan Records mais aussi la 2ème vague 2Tone avec des groupes comme Bad Manners ou The Specials, dans les années 1970-80. Après, en vrac je peux te citer ce que produit le label Jarring Effects (reggae, dub) ; Dubamix (dub) ; Los Tres Puntos (ska).

2 – Ce mélange de cultures musicales ça peut être à double tranchant, mais ici on sent que c’est plutôt bien maîtrisé et bien réussi. C’est une vraie proposition musicale originale. Du coup ça laisse penser que tu as une certaine expérience musicale. « Lebrac » c’est ton 1er projet artistique/musical ?

Oui j’ai été dans pas mal d’autre projets dans le passé. Évidemment, puisque je veux rester anonyme je te dirais pas dans lesquels – héhé.

– Tu as une équipe autour de toi qui t’accompagne ?

J’ai eu une rencontre très importante : c’est Dj Reska. Il assure les scratchs sur l’EP et a aidé globalement à la production. J’étais à la recherche de musiciens et de musiciennes, parce que le son des instruments virtuels programmés ça a vraiment rien à voir avec de vrais instruments enregistrés. Donc j’ai tout simplement pris contact avec des musiciens que j’aimais bien, comme Lolo de Punk Haine Roll, qui a enregistré des guitares ; ou encore Greg de Dubamix qui a joué du saxophone ; Mél la trompettiste-tromboniste de Los Tres Puntos. On a mixé ça au studio de l’association toulousaine Kartier Libre avec Lolo de Punk Haine Roll. Mais en tout l’EP a pris 1 an et demi de création.

3 – Contrairement à Raf, qui joue le faux-journaliste dans ton morceau « Rap Interview », je sais que ta radicalité politique n’est pas incompatible avec l’ouverture culturelle que tu défends. Cette proposition musicale sort des sentiers battus, qu’est-ce qui t’a amené à mélanger ces 3 styles ?

C’est une envie qui est née assez rapidement dans mon parcours musical. Par de l’expérimentation personnelle : j’essayais de mélanger des lignes de basse typées reggae sur des instru Trap et puis en ajoutant des trucs un peu plus punk. En revanche je ne l’ai pas poursuivie tout de suite. On me disait de proposer mes idées à des labels mais quand j’allais voir des labels de rap on me disait que c’était trop rock, quand j’allais voir des labels de punk on me disait que c’était trop rap et quand j’allais voir des labels de reggae on me disait que c’était trop politique. Donc ça a pas été simple au départ.
Souvent je me demande comment faire cohabiter toutes les idées politiques de gauche pour pouvoir collaborer ensemble. En fait j’ai un peu la même idée avec la musique. Je voudrais pouvoir associer les différentes scènes musicales que je kiffe pour faire des liens et éventuellement faire naître quelque chose de fédérateur. Par exemple, j’aimerais bien rapprocher les différentes scènes dans des soirées concerts avec des groupes différents : 1 de rap, 1 de punk, etc.

4 – Tes paroles sont plus qu’« engagées », elles sont vraiment militantes. On peut trouver énormément de références politiques (j’ai essayé de les compter et de faire une liste mais ce serait trop long et inutile). Tu pourrais nous donner tes principales références politiques qui t’influencent pour ton projet.

En fait je fais surtout des clins d’œil, des traits d’esprits, quand je cale des références au mouvement libertaire dans mes paroles. Parce que, à un niveau personnel, je me questionne sur l’intérêt des débats sur les événements passés. Évidemment j’ai du respect pour tout ça et c’est toujours instructif de connaître l’histoire du mouvement. En revanche, les logiques du 21e siècle, en termes de rapports de force, sont différentes de celles du XXe siècle. Par exemple, en province on fait avec ce qu’on a, on essaye de s’allier avec qui on peut, qui est présent et qui est chaud.
Ce dont j’ai envie aussi c’est d’assumer un folklore plus ancien. J’ai l’impression que c’est une question où on est encore un peu mal à l’aise à gauche. Par exemple, le premier morceau de ma mixtape s’appelle « Carmagnole ». Ça fait référence à 1789 et je pense en fait que tout le paysage politique d’aujourd’hui découle de là.
Maintenant aujourd’hui, tout est bon pour péter le capital. Que ce soit du syndicalisme, de l’illégalisme, ou même de la non-violence ; la diversité des tactiques c’est la meilleure des stratégies, du moment qu’on se tire pas dans les pattes. De ce point de vue là, la pensée la plus stimulante pour moi ça a été les Zapatistes. Iels ont un slogan intéressant : « un monde qui contient plusieurs mondes ». Et en effet leur pratique de l’autonomie politique fait coexister différentes manières de délibérer, divers modes économiques, différentes cosmovisions issues des différentes ethnies qui composent le Chiapas, etc.
Aussi, je m’intéresse aux sciences sociales et à la psychologie, notamment l’école de Palo Alto, ou les travaux de Henri Laborit en France. Un auteur comme Cornelius Castoriadis m’influence aussi.

5 – Tes paroles montrent un engagement antifasciste & anarcho-communiste mais qui est vraiment en prise avec son époque. J’entends par là qu’il n’est pas « ouvriériste » : tu appelles à la destruction du capitalisme et du salariat, de l’État et de sa police mais aussi du patriarcat en convoquant les luttes féministes et LGBT+, du système raciste et colonialiste et même avec quelques touches d’anti-psychiatrie (dans « Acte de Naissance »). C’est pas quelque chose qu’on peut voir et entendre partout, donc ça mérite d’être souligné. D’où te vient cette formation politique « totale » ?

Franchement, j’ai pas la prétention d’avoir un bagage politique total. Je pense que ce sont les rencontres qui font toute la différence : aller aux infokiosques, aux festivals. Mais y’a aussi des vécus qui te sensibilisent plus que d’autres, certaines trajectoires de vies : j’ai pas mal d’ami racisés, trans, homosexuels.
Le discours qui dit qu’il faudrait tout miser sur la lutte des classes ne me semble pas justifié, les luttes s’enrichissent mutuellement ; tout ça participe d’une même logique, celle de la domination, donc j’ai à cœur de relier tout ça.

– Est-ce que tu fais du rap de « woke » ?

Faudrait qu’on fasse un morceau avec des woks un jour ! (rires)
En vrai je pense qu’il faut pas hésiter à porter notre héritage « woke ». Les réactionnaires pensent que c’est issu des USA alors que ça vient de la « French Theory ». Y’a un truc qu’ils ne comprennent pas dans la « déconstruction » : ils pensent directement à « destruction ». Alors que non : la déconstruction c’est ouvrir un truc, le démonter, comprendre comment ça fonctionne pour ensuite pouvoir le remonter à l’endroit.
Le sujet est tellement sur le devant de l’espace médiatique qu’il faut qu’on s’en saisisse.

6 – Tu dis dans le dernier morceau de l’EP « Independencia » : « si seulement les gens savaient » qu’iels avaient le pouvoir de changer les choses par elleux-mêmes. Tu penses qu’actuellement il faut d’abord effectuer un travail d’éducation populaire pour ensuite aller vers la révolution sociale et libertaire ?

Ces paroles sont une illustration du couplet. En fait je me rends compte que c’est nous, travailleur.euse.s, qui faisons tourner le monde : on sait tout faire on est ultra compétent.e.s ! Donc pourquoi on fait pas les choses pour nous ? Si à un moment donné on arrivait à se libérer du temps et de l’espace (ce qui en gros revient à faire la grève générale) pour se rendre compte de notre puissance d’action, on verrait très vite que notre classe est autonome. Dans une époque qui va très très vite, où il faut être performant et productif et où on est envahi d’informations de partout, s’arrêter, un peu, porte un potentiel énorme.
Il y a aussi une tension entre les moyens et les buts. Y’a une propagande très forte qui met en avant la sécurité d’un côté, la « souveraineté nationale » de l’autre, nous on veut pas ça évidemment. Avec ce qu’il s’est passé ces dernières années (Nuit Debout, Gilets jaunes), on a vu la force qu’on pouvait avoir ; sauf qu’on vise petit : juste réformer les institutions. Faudrait qu’on arrive à mettre l’inutilité des gouvernants et du patronat au centre du débat.

Oui je pense que l’éducation populaire, au sens de « une éducation par le peuple pour le peuple », est incontournable. Mais si c’est pour reproduire ce que l’école fait déjà, non merci ! L’expérience zapatiste des Universités de la Terre est très inspirante : la frontière entre enseignant.e.s et enseigné.e.s est presque absente. Là où chez nous c’est encore très figé : avec celui/celle qui sait et celleux qui écoutent. Au contraire : l’idée c’est de transmettre le potentiel de chacun à chacun, de rendre les autres meilleurs et se rendre meilleur soi-même. Que les gens puissent prendre confiance en elleux-mêmes par le partage de connaissances et de pratiques militantes comme on a pu le voir sur les rond-points au moment des Gilets Jaunes.
Donc ouais, éduc’ pop’ à mort ! En revanche, le terme de « populaire » me dérange un peu. J’ai pas l’impression que « le peuple » ça existe. Un peuple n’est pas homogène. C’est pour ça que je déteste le populisme de gauche. Il y a des différences d’intérêts entre les différentes classes qui composent le « peuple » qui sont pas conciliables. Je serais plutôt pour que l’éduc’ pop’ mette en avant la conscience de classe prolétarienne et les intérêts de cette classe. Aussi parce que, à l’inverse : au sein du prolétariat y’en a qui vont à l’encontre des intérêts de leur propre classe. Comme je dis dans mon morceau « Rap Interview » : « Peu importe la classe d’où tu es originaire, l’essentiel c’est la classe que tu veux libérer ».

– Tu penses que ta musique peut en être un vecteur ? (sans devenir une caricature pour autant)

Je vois ce que tu veux dire. En effet, l’idée c’est pas de rapper des tracts. J’essaye de le faire de façon assez humoristique et festive, de placer des références ici et là. L’idée c’est de faire découvrir nos idéaux de façon un peu plus amusante que pendant une réunion militante.

7 – Même si tu abordes des sujets durs (la précarité, le nationalisme, le racisme), ta musique est tout de même un peu « upbeat », entraînante (on a envie de danser, de s’ambiancer sur les sons). Est-ce que ça traduit chez toi un optimisme vis-à-vis de l’avenir du mouvement anarchiste ? Tu crois que nos idées ont un bel avenir ?

En effet, c’est là où le côté punk est + prononcé : on parle de choses très dures mais de façon à vouloir pogoter et s’amuser. Même si c’est la merde, faut continuer à rire, à danser, à se faire plaisir ! C’est quelque chose dont j’ai besoin.
Je suis malgré tout très inquiet. La montée des discours réactionnaires saturent les espaces médiatiques et j’ai l’impression qu’on a pris du retard. C’est pas pour jeter la pierre aux militant.e.s ; on a beaucoup de camarades qui se donnent à fond, tout le monde fait du mieux qu’iel peut. Le truc c’est qu’en face iels ont pas à réfléchir, c’est la course à celui qui sera le plus réactionnaire, c’est facile pour elleux. Nous à côté on doit s’emmerder à essayer d’analyser, débattre, trouver la vérité, à s’organiser (rires) ! Ouais 2022 ça va être chaud. Alors si en plus iels nous enlèvent notre joie de vivre, c’est qu’iels ont définitivement gagné.

8 – Et ton avenir à toi ? J’ai vu que tu avais convenu une coopération avec une distro sud-américaine de musique RASH/SHARP. Tu prépares un nouvel EP, une nouvelle mixtape, un album ? Tu as des concerts de prévus, des collaborations de prévues ?

Ouais je peux dire qu’il y a un 2ème EP en préparation. Après j’aimerais bien aller défendre mes chansons sur scène, dans les mois qui suivent. Et je suis ouvert à toute coopération !

Merci beaucoup Lebrac, à bientôt !

Merci pour ton écoute !


– Morceau « Rap Interview » (sur la mixtape Carmagnole)

– Clip vidéo du morceau « Anti-France »

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L’Hermine VNR, Média des luttes sociales dans le Morbihan

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Abattre les grandes villes avec Guillaume Faburel

Cet article rend compte de la 1ère partie de la « rencontre ». Plutôt qu’une analyse en profondeur, il s’agira ici de présenter une introduction à la critique métropolitaine et à l’écologie post-urbaine.


Jeudi 14 octobre 2021. 19 heure. Lorient, comme à son habitude, est animée tandis qu’à librairie-hybride Fracas le public s’installe devant Guillaume Faburel, enseignant-chercheur en géographie, urbanisme et sciences politiques à l’université Lyon-2 ainsi qu’à l’Institut d’études politiques de Lyon, venu présenter et débattre autour de ses deux derniers ouvrages : Les Métropoles Barbares ( Le passager clandestin, 2018) & son Manifeste pour une société écologique post-urbaine, judicieusement titré Pour en finir avec les grandes villes (Le passager clandestin, 2020).

L’auteur et le co-gérant des lieux, Guillaume (un autre), prennent place face au public, et ainsi la soirée peut démarrer.

Avant d’attaquer directement avec les questions de fond (posées par Guillaume de Fracas), il convient de faire un point sur les objectifs des deux ouvrages, qui partagent pourtant les mêmes sujets à savoir les devenirs urbains et le phénomène métropolitain. Celui publié en 1er, Les Métropoles Barbares, est plutôt destiné à un public académique et en porte les formes (mêlant recherches de l’auteur et de ses collègues ainsi qu’une bibliographie fournie) tandis que le Manifeste se veut plus ouvert, plus « tout-public » et contient plus d’entretiens. Les deux bouquins sont en fait 2 formes d’expression de sa critique de la métropolisation, de l’urbain ; chose que l’on va aborder maintenant.

Couvertures des 2 ouvrages qui nous intéressent aujourd’hui

1ère question : On a toujours l’impression que la dystopie urbaine interviendra plus tard, mais n’est-elle pas déjà présente sous certains aspects ?

Il y a en effet une tradition dans la Littérature (francophone mais aussi internationale) de présenter la ville dystopique comme un phénomène intervenant dans 30 à 300 ans. On la présente comme étant toute-puissante et contrôlant tout par sa police et sa technologie de vidéosurveillance par exemple. Or ce phénomène métropolitain est déjà présent dans nos vies, et il suffit de regarder autour de nous pour s’en apercevoir. Mais ce phénomène n’est pas uniquement une question de contrôle physique et technologique ; ce que l’on peut nommer « urbanisme policier » ou « militaire ». Il se loge aussi dans notre appétence pour le mouvement, dans le spectacle quotidien (au sens que lui donne Guy Debord), dans notre rapport à la marchandise. Il s’agit de tous les phénomènes et pratiques, conscientes et inconscientes, qui font que nous nous soumettons, qui distillent en nous toutes et tous la servitude et qui, en définitive, rend de plus en plus difficile de lutter depuis l’intérieur des villes.

2ème question : Qu’est-ce que l’urbain ? En avons-nous tous un peu en nous-même ?

En effet, l’urbain n’est pas uniquement le béton. On parle souvent de « l’exode urbain » dans les médias. Celui-ci serait en train d’avoir lieu, mais est fortement réfuté par les forces dominantes, car la ville est le cœur battant du capitalisme, il est donc absolument nécessaire pour ces forces de conserver le plus de monde possible dans les (grandes) villes. En fait, il n’est pas question de savoir s’il y a effectivement un « exode urbain » ou non. On assiste en fait à un étalement de l’urbain, tant dans les les imaginaires et présupposés idéologiques que dans les comportements : l’idée de progrès illimité, des façons de consommer tel produit ou service, le rapport à la mobilité (qui est au fondements même de nos comportements et imaginaires urbains). Tout cela ne tient debout que par nous.

3ème question : Il semble qu’aujourd’hui on construise des villes sans même savoir qui ira les habiter. Peut-on faire un parallèle avec le complexe carcéralo-industriel qui construit des prisons sans même savoir qui mettre à l’intérieur ?

Il y a une idée partagée qu’il faudrait « s’entasser » dans les grandes villes. Or, plus nous sommes massifiés, plus il y a de contrôle ; là est la dimension carcérale des grandes villes. Cette centralité de l’urbain dans nos vies a d’abord forcé à l’exode rural au XIXe siècle, puis, une fois que ces populations anciennement paysannes sont devenues précaires, on les a fait reculer vers les banlieues. Il faut bien comprendre que les pratiques et pensées de l’aménagement du territoire sont des pensées coloniales : inventées et imposées dans les colonies pour assurer un contrôle des populations. Il faudrait interroger le rôle de l’État à ce sujet, qui a travaillé, et travaille toujours, main dans la main avec les forces du Capital ; il suffit de voir la hausse vertigineuse du taux d’urbanisation en France, ce qui impose une pression insoutenable sur les écosystèmes. L’État se donne les moyens de nous distribuer de l’urbain, ce qui ne fait que renforcer le Capital. Il y a un faux débat chez les écologistes libéraux : il faudrait dé-densifier les villes pour les rendre plus écologiste. Recycler les grandes villes ne résoudra pas le problème, car le problème sont les grandes villes. Ce schéma colonial de la métropolisation, où le Béton joue un rôle important (non-seulement en tant que matière mais aussi par les imaginaires qui l’accompagnent), impose, en dernière analyse, une uniformisation de l’environnement (humain comme non-humain). Les villes moyennes comme Lorient ou Vannes s’inscrivent aussi dans ce processus ; le but est de croître à l’infini.

4ème question : Dans le Manifeste on retrouve beaucoup de « success-stories » de personnes ayant quittés les villes pour la campagne afin d’y accéder à une autonomie alimentaire. Ces personnes ont quasiment toutes un haut (voire très haut) niveau d’étude et donc une place sociale élevée. Mais quid des plus précaires ?

Il est clair que les classes populaires sont les plus asservies, d’une part, par leur environnement (habitat, travail, entre autre) et, d’autre part, par ce qu’on leur présente comme une « émancipation » (créée par le capitalisme) à travers la marchandise.

Cependant, elles sont assurément les plus vertueuses écologiquement. De part leurs origines sociales et culturelles, les notions de solidarité et d’entraide sont très ancrées chez elles. Elles sont, certes, les premières victimes mais surtout celles avec le plus de solutions à nous apporter. On pourrait prendre en exemple la lutte pour les jardins ouvriers d’Aubervilliers, ou encore l’expérience de « l’Après M » dans les quartiers nord de Marseille.

5ème question : Vous abordez la question de l’habitat futur dans vos ouvrages, comment percevez-vous l’avenir du logement dans une société post-urbaine ?

L’idée principale à ce sujet est de rendre de la décence dans nos habitats et de la solidarités entre nous toutes et tous. C’est à l’opposé des fausses bonnes idées de « villes écologiques et numériques » proposée par Macron et ses fidèles. Il n’est plus question de construire de nouveaux logements mais de prendre et réhabiliter les logements déjà présents, ce serait déjà une bonne avancée. Il est aussi important de redonner de la terre, autour de 1000m² par habitant semble être suffisant pour assurer l’autonomie alimentaire et abaisser la pression sur les écosystèmes. Construire des communautés de 3000 à 20 000/30 000 habitant.e.s maximum afin de créer des liens de solidarité les-un.e.s-les-autres et nous autogérer. Il est nécessaire de penser et mettre en acte une autre géographie et d’autre formes de vie écologiques. C’est une question politique dont il faut que nous nous emparions.


A la suite de ces questions, Guillaume Faburel a effectué un temps de question-réponse avec le public, dont nous ne rendrons pas compte ici.

Toute une littérature de l’urbain que vous pourrez trouver à la librairie-hybride Fracas 😉

Retrouvez Les Métropoles Barbares, sur le site de la maison d’édition

Retrouvez Pour en finir avec les grandes villes. Manifeste pour une société écologique post-urbaine, sur le site de la maison d’édition

A propos de “L’Après M” : “Alternative #21 : L’Après M, un fast food social dans les quartiers Nord de Marseille”, une vidéo de la chaine YouTube “Pays des Alternatives

Articles sur paris-lutte.info à propos de la lutte pour les Jardins ouvriers d’Aubervilliers :


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Abolir le système pénal avec Gwenola Ricordeau

Cet article rend compte de la 1ère partie de la « rencontre » avec Gwenola Ricordeau ayant eu lieu à la librairie hybride Fracas, à Lorient, le 09 septembre dernier. Plutôt qu’une analyse en profondeur, il s’agira ici de présenter une introduction à la pensée de l’abolitionnisme pénal.


Le soleil se couche doucement sur la ville portuaire, une trentaine de personnes sont réunies dans la librairie. Près de la vitrine, une table expose un panel de bouquins : La Prison est-elle obsolète ? de Angela Davis, Surveiller et Punir de Michel Foucault, L’abolition de la Prison de Jacques Lesage de la Haye, entre autre. Le ton est donné, ce soir il sera question de l’abolition du système pénal, de la police, de la prison.

Gwenola Ricordeau, abolitionniste, professeure au département de Science Politique et Justice Criminelle de l’université de Chico, en Californie, est venue présenter son ouvrage Crimes et peines, Penser l’abolitionnisme pénal dans lequel on retrouve 3 textes majeurs du mouvement abolitionniste des années 1970, traduits en français par Pauline Picot et Lydia Amarouche. Ricordeau s’installe devant l’audience et Guillaume, co-gérant de Fracas et hôte de la soirée, démarre l’entretien.

1ère question : Qu’entend-on par « abolitionnisme pénal » ?

Ricordeau démarre en rappelant que le terme « abolition » est largement utilisé dans les milieux de gauche, et notamment dans la gauche radicale. Pour le cas de l’abolitionnisme pénal, il n’est pas question uniquement de l’abolition de la peine de mort, par exemple, mais bien de tout un système en place et actif actuellement : la justice pénale et le Droit pénal. Cela signifie dès à présent remettre en cause et montrer les immenses problèmes que pose ce système punitif et, à terme, abolir la police, les tribunaux et la prison. Ce courant de pensée est formellement né dans les années 1970, initialement dans un milieu académique mais connaîtra un mouvement de va-et-vient entre les milieux universitaires et les milieux politiques et militants, notamment chez les anarchistes mais pas seulement. C’est ce que Gwenola Ricordeau présente comme la « 1ère génération » d’abolitionnistes. Cependant, elle insiste que les textes de cette génération (comme ceux que l’on peut retrouver dans son livre) sont loin de présenter des règles ou incarner des dogmes indépassables. Au contraire, ils ont pour but de développer « l’imaginaire abolitionniste », car « par nature, l’abolitionnisme est inachevé ».

2nde question : Qu’entend-on par « crimes » ? Quelle critique les abolitionnistes font de ce terme ?

Cette question fait référence au 1er texte présent dans Crimes et Peines, écrit par le juriste néerlandais Louk Hulsman. Ce dernier a participé activement à la création d’un mouvement international de l’abolitionnisme pénal, avec l’organisation de l’ICOPA (Conférence Internationale de l’Abolitionnisme Pénal) par exemple. Hulsman décrit le mot « crime » comme un terme piégé. En effet, « crime » sous-entend qu’un acte soit plus répréhensible qu’un acte quotidien et implique la nécessité de punir l’auteur.ice d’un tel acte. Il met automatiquement de la distance avec l’auteur.ice et empêche donc tout lien moral ou toute attache avec ce dernier/cette dernière. Hulsman préfère à « crime » le terme de « situation-problème », qui est depuis largement utilisé chez les abolitionnistes.

3ème question : Comment les abolitionnistes perçoivent la professionnalisation de la justice ?

Cette question fait référence au second texte du livre, celui de Niels Christie. Criminologue norvégien, père de la criminologie critique, Christie ne peut pas être pleinement considéré comme un tenant de l’abolitionnisme pénal. Cependant, il est très critique vis-à-vis de ce système. Il pose une question simple mais lourde de sens : « à qui appartiennent les conflits ? ». Serait-ce aux victimes ? Aux auteur.ices ? Ou serait-ce aux juges, avocats et tribunaux ? Christie soutient que le système pénal tout entier exproprie les individus et les communautés des conflits. Le système est organisé de telle manière à ce que les premiers et premières concerné.e.s soient quasiment effacé.e.s du processus de « rendre justice ».

Pour répondre à cela, Christie et les abolitionnistes défendent le fait de se passer de professionnels et de régler les problèmes au sein de la communauté, par les membres de la communauté directement. On comprend alors rapidement que cela n’est pas possible de nos jours, où l’organisation de la société capitaliste nous empêche de prendre ce temps de résolution des conflits. On retrouve cette critique à travers les slogans entendus récemment pendant la résurgence du mouvement Black Lives Matter en août 2020 : « Defund the Police, Fund our Communities » (« N’investissez plus dans la police, Investissez dans nos communautés (au sens de quartiers, paroisses, villes/villages, etc.) »).

4ème question : La pensée abolitionniste implique-t-elle l’abolition des avocat.e.s et des juges ? Le problème ne serait-il pas la loi elle-même ?

En effet, l’abolitionnisme pénal a pour but de supprimer les métiers de juges et d’avocat.e.s et notamment tout le niveau de complexité qui accompagne ces métiers (dans le jargon utilisé par exemple) qui empêche les publics non-initiés (et généralement les plus défavorisés) à prendre part au système. Ricordeau pose alors la question suivante : quel peut être le rôle des avocats dans la lutte abolitionniste ?

Cependant, si l’abolition du système pénal signifie de se débarrasser du Droit pénal, ça ne signifie pas que la société future, où ce système sera aboli, sera un toustes contre toustes permanent, régie par une « loi de la jungle ». Au contraire, elle nécessite de renforcer les liens entre les indiviuds d’une même communauté et, surtout, lors de la résolution d’une situation-problème, de prendre en compte les besoins des premières lésées par le système pénal : les victimes ; chose subjective par nature.

Ricordeau remarque alors que cela risque de créer des chocs de subjectivités, probablement de façon stérile. Cependant, l’homogénéisation des comportements et des individus qu’implique le système pénal n’est pas souhaitable pour autant.

5ème question : Nous venons d’aborder le sort des victimes, il apparaît que le point central est leur (auto-)réparation, comment cela peut être achevé ?

Cette question fait référence au 3ème texte du livre, celui de la canadienne Ruth Morris. En plus d’être la seule autrice du corpus, cette dernière n’est pas une universitaire, contrairement aux autres auteurs cités précédemment. En effet, elle fait partie de la communauté des Quakers, une branche du protestantisme particulièrement progressiste. Par exemple, Morris et les Quakers se posent la question de la responsabilité de la religion chrétienne sur la construction du système pénal ainsi que de son imposition aux peuples colonisés (en Amérique et à travers le monde) et est la 1ère religion à s’être déclarée abolitionniste. La critique du système pénal de Ruth Morris l’amène à identifier les 5 besoins des victimes, dont : le besoin de vérité, le besoin de donner du sens, le besoin de réparation (liste non-exhaustive). Si le 1er besoin cité semble assez tangible (la victime veut pouvoir savoir et comprendre ce qu’il s’est passé), le second est plus abstrait : il s’inscrit dans un temps long, individuel mais aussi collectif ; nous sommes bien loin du Droit pénal et de son réflexe punitif. Ricordeau clarifie une chose à propos du besoin de réparation de Morris : la réparation ne signifie pas forcément le pardon ; la victime peut tout à fait ne jamais pardonner l’auteur.ice de l’acte ; les victimes n’ont pas à subir une injonction de plus de la part des abolitionnistes sur ce sujet.

Ruth Morris distingue également deux types de « crimes » : les « crimes interpersonnels » (en gros la délinquance) et les « crimes structurels » (ce que les gens peuvent subir comme violences au sein de notre société raciste, patriarcale et capitaliste). Elle montre que les politiques pénales se concentrent sur les « crimes interpersonnels », alors que les auteur.ices de ces « crimes » subissent elleux-mêmes des « crimes structurels », les poussant à faire ces actes ; ce qui, en définitive, renforce les systèmes de dominations de notre société.

Pour remplacer la justice pénale, Ruth Morris défend ce quelle appelle la « justice transformative ». Cette façon de rendre justice se fait sans punitions, sans juges, dans l’objectif de dépasser l’idée de restauration d’un tort en transformant toute la société qui a permis l’apparition du tort en question.


A la suite de ces questions, Gwenola Ricordeau a effectué la lecture du prologue de son livre, avant d’entamer un temps de question-réponse avec le public.

Si vous souhaitez entendre le verbe de Gwenola Ricordeau, nous vous conseillons la lecture d’un extrait de son précédent livre, Pour elles toutes, faite sur la chaîne YouTube de Guillaume Deloison : https://youtu.be/8h-2DuNCCuk

Si vous voulez explorer l’abolitionnisme pénal plus en détail et dans les luttes actuelles, nous vous invitons à vous renseigner sur :

– le journal L’Envolée « Pour en finir avec toutes les prisons » : https://lenvolee.net/

– les archives de (feu) l’association Genepi : https://www.genepi.fr/

– le travail du Réseau d’Entraide Vérité et Justice ; et aussi toutes les luttes pour la vérité et la justice des victimes de la police et de la prison, comme le groupe « Justice pour Jimony » ou « La vérité pour Adama » ou le Comité de soutien à Claude Jean-Pierre

– de nombreux bouquins (dont certains qu’on a déjà cités plus haut dans l’article) que vous pouvez retrouver à la librairie Fracas à Lorient ; 2 rencontres y sont organisées : le 14 septembre avec les militant.e.s des Soulèvements de la Terre pour organiser la suite de la lutte écologiste & le 24 septembre avec le romancier Quentin Leclerc


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Au delà de l’écologie bourgeoise : entretien avec le groupe anarchiste René Lochu (Vannes et alentours)

Avant d’aborder l’entretien, il semble nécessaire de clarifier l’objectif de cet article.

Tout d’abord, nous pouvons nous réjouir de constater que l’écologie, les luttes environnementales soient devenues des sujets majeurs et pris au sérieux dans le champ politique tout entier. Dès lors, elle est abordée par la gauche et l’extrême-gauche. Mais il y a plusieurs façon de l’aborder et il semblerait que la vision écologiste la plus répandue soit une vision légaliste, réformiste et surtout bourgeoise, et limite raciste parfois. C’est cette version de l’écologie qui met en avant que chacun peut et doit participer à la préservation de l’environnement et à la limitation du dérèglement climatique de façon très individualisée en effectuant de simples « écogestes », perçus alors comme les moyens et les fins de l’action écologiste : trier ses déchets, manger bio,  Ce qui amène souvent à de la culpabilisation envers celles et ceux qui ne peuvent pas en faire le plus possible, qui se trouvent être surtout les classes populaires. C’est cette même vision de l’écologie qui ne fait que supplier le pouvoir étatique de mettre en place de « bonnes lois écologistes » ou alors d’agir de bonne façon, au travers de collectifs « citoyens » par exemple (qui laissent donc de côté les personnes non-citoyennes ou déchues de leurs droits de ciyoyen.nes, comme les sans-papiers, les personnes emprisonnées, etc., au final cette notion de « citoyens » est très blanche et bourgeoise).

Cette vision très libérale ne mène qu’à dépolitiser le combat écologiste en y enlevant tous ses aspects véritablement contestataires et en ne proposant aucunes alternatives au système en place (à part peindre en vert des logos de marques et de créer des pistes cyclables). On les retrouve dans les très gentilles « marches pour le climat », comme on a pu en voir à Vannes ou à Lorient il y a quelque temps, ou encore lors de la marche contre Bayer-Monsanto. Il n’y a aucune analyse des systèmes de domination (capitalisme, racisme, patriarcat), qui sont les racines des problématiques écologistes. Car c’est bien ça être « radical » : c’est s’attaquer à la racine du problème. Mais ce manque ne provient pas d’une absence de pensées écologistes radicales, au contraire. Dès les années 1960-1970 des scientifiques et des militant.e.s ont alerté sur la dégradation de notre environnement et le dérèglement climatique et ont dès cette époque fait naître des analyses écologistes radicales, dans les différents milieux militants et notamment chez les anarchistes (les marxistes étant encore trop bercé.e.s dans le productivisme bolchévique). On citera parmi ces penseur.euses des années 1960-70 Murray Bookchin (1921 – 2006), fondateur de l’« écologie sociale » ; mais on peut trouver chez d’autres figures anarchistes précédentes des sortes de précurseurs d’une pensée écologiste et libertaire, comme chez Piotr Kropotkine (1842 – 1921) ou Élisée Reclus (1830 – 1905). Au fur et à mesure du temps, les luttes et pensées féministes se sont également emparées de l’écologie, donnant l’éco-féminisme (chez Janet Biehl par exemple) ainsi que le féminisme libertaire (chez les Mujeres Libres en Espagne par exemple). Le grand apport le plus récent à la pensée écologiste est son pendant antiraciste, décolonial et anticolonialiste, que l’on retrouve notamment dans les luttes des travailleuses et travailleurs agricoles en Martinique contre leur empoisonnement au Chlordécone par exemple.

L’entretien avec le groupe vannetais « René Lochu » a donc pour but d’explorer plus en détail la pensée écologiste et libertaire, dans le but, espérons, d’amener plus de radicalité dans les luttes écologistes à l’échelle de notre département. Le groupe a choisi de délivrer des réponses individuelles séparées, celles de B. et de S.

1- Comment définissez-vous l’écologie libertaire ?

* B : Je ne m’engagerai pas à donner mon avis pour les autres. Je te répondrai donc en tant qu’anarchiste individualiste.

L’écologie est libertaire dans la pratique de l’autogestion et du fédéralisme, puisque toutes décisions, réflexions partent du bas au niveau des communs, du local pour aller essaimer à des niveaux territoriaux plus larges, si effectivement ces décisions sont écologiques.

Personnellement, j’envisage la pratique écologique par la décroissance : de la consommation de masse, de l’énergie, de l’eau, des transports et la reproduction.

La suppression des bullshit jobs : industries de l’armement, du tourisme, de l’agro-alimentaire et dans le désordre : bourse, banque, assurance, publicité, statistique, consultant et des milliers de boulots non productifs de biens indispensables à la survie de l’espèce, auquel je ne pense pas et dont je ne soupçonne pas l’existence.

* S : Précisons d’emblée : notre groupe se revendique de l’anarchisme et est actif à Vannes et alentours. Une partie des membres est adhérente à la Fédération Anarchiste (FA) et participe aux travaux de celle-ci.

La FA, quant à elle, adhérente à l’Internationale des fédérations anarchistes, est une des composantes du mouvement libertaire en France. Elle est constituée de groupes et individus qui ont choisi de se coordonner à travers cet outil. Tout en préservant l’autonomie de ses membres, dans leur expression et dans leur fonctionnement, elle permet de démultiplier l’activité locale menée par chacun.e. Née en 1953, la fédération édite un mensuel (Le Monde Libertaire), fait vivre une radio (Radio Libertaire en FM et sur le net) depuis 1981, édite des livres et brochures, produit du matériel militant, anime une librairie (Publico à Paris), etc.

Je ne suis pas sûr que la FA use spécifiquement du terme « écologie libertaire ». J’ai trouvé néanmoins l’expression dans une motion de… 1977 (!), à l’occasion d’un positionnement contre l’énergie nucléaire : risques sanitaires, centralisation de la production d’énergie, accentuation du contrôle sécuritaire tant celle-ci est dangereuse et liée au nucléaire militaire.

En revanche, sur les 20 dernières années, la FA a adopté deux textes d’analyse et d’orientation politique en faveur de la décroissance. On peut les résumer en cinq postulats :

1- Le système dans lequel nous vivons est le capitalisme. Fondé sur la propriété privée des moyens de production, son but est le profit via l’exploitation et la recherche de l’expansion permanente : la croissance.

2 – Les innovations technologiques, dont le numérique, comme le développement dit durable, loin d’être des solutions, entraînent une fuite en avant du cycle production-consommation, donc des prélèvements de matières premières et de sources d’énergies, accentuant les pollutions.

3 – L’État, intrinsèquement allié et lié aux groupes capitalistes, n’est pas un arbitre neutre et régulateur. Au contraire il met en place le cadre législatif permettant les grands travaux industriels et d’aménagement du territoire. Il subventionne les entreprises, prend en charge les dégâts, et… réprime les oppositions.

4 – Comme nos sociétés vivent en sur-régime, une décroissance est indispensable. Elle consiste à réduire la quantité de matières et d’énergie pour satisfaire les besoins des humain.e.s, en tenant compte des capacités de la planète. Elle ne peut donc être simplement une vertu individuelle. La société ne pourra changer par le vain espoir d’une conquête des institutions de pouvoir politique, lesquelles, de toutes façons ne sont pas faites pour limiter la dynamique capitaliste…

5 – Pour que la décroissance ne soit pas synonyme de barbarie, imposée par un système autoritaire, mais bien associée à la justice sociale (partage des richesses) : il appartient aux travailleurs et travailleuses, aux usager.e.s et aux consommateurs & consommatrices, de définir les besoins réels à satisfaire (de jolis débats en perspective !) et de prendre en main en autogestion le système de production et de distribution.

Il en résulterait une baisse du temps de travail et de meilleures conditions de vie. C’est un… pari socialiste, écologiste et libertaire ! Il s’agit de se « décoloniser l’imaginaire ». Des expériences historiques ou en cours (comme celle des Zapatistes du Chiapas) montrent que dans certaines circonstances, des groupes humains peuvent ainsi s’auto-organiser sur une vaste échelle.

On l’aura compris, cela n’a rien à voir avec les systèmes ayant sévi dans les Pays de l’Est. Le communisme d’État était un capitalisme d’État, avec une classe dirigeante, contrôlant tout, s’enrichissant et décidant seule de ce qui est produit, avec toute la gabegie s’y associant.

logotype de la FA, cliquez pour aller sur leur site

La pratique des entités de la FA consiste à participer aux luttes écologistes, ici et là, à dénoncer l’impasse électoraliste, à mettre en avant l’idée et les pratiques autogestionnaires, à débattre d’une autre société, jusqu’où mèneraient la décroissance, la désindustrialisation, une production à échelle humaine, sachant que rien n’est neutre. La FA, au travers des groupes et individus qui la font vivre, via les moyens d’expressions qu’elle s’est donnée, se fait l’écho des luttes, des alternatives et de ses analyses. La ZAD de Notre-Dame-Des-Landes fut très nourrissante pour nous : tout en organisant la lutte contre « l’aéroport et son monde » via des actions directes, du sabotage, s’élaboraient d’autres modes de vie plus frugaux, en autogestion, aussi cahin-caha soient-ils… Champ expérimental de la contestation, elle a eu un retentissement international, des personnes « étrangères » participant et s’intégrant à cette forme de « Commune », comme en 1871 à Paris.

2- En quoi cette perspective libertaire se distingue-t-elle de l’écologie dominante, « mainstream », bourgeoise ?

* B : L’écologie dominante a toujours le projet de la croissance, elle ne propose pas de solutions viables, juste quelques sparadraps et/ou des projets scientifiques délirants. L’économie dans son sens strict n’existe pas (économiser les ressources), la proposition est d’assujettir l’écologie à l’économie dans le sens du profit capitaliste et de continuer à détruire l’environnement, mais avec une communication adaptée, voire quand le problème va se corser, avec une répression adaptée à l’ampleur de la crise.

* S : La revendication écologiste tolérée par le système a plusieurs visages.

– Il y a celle qui permet de créer de nouveaux marchés, d’impulser le capitalisme (ou la croissance) appelé(e) « vert(e) », bien que lorsqu’on gratte un peu, on voit bien qu’il y a peu de « vert » mais surtout la logique de profit. On peut l’appeler « bourgeoise » si tu veux dans le sens où ce sont les actionnaires, le patronat (les riches) et le sommet de l’État qui sont à la manœuvre. L’offre de ces nouveaux produits « verts » n’est d’ailleurs pas antinomique avec la perpétuation d’une production dégueulasse (voitures électriques, fraises bios en monoculture avec des salarié.e.s étranger.e.s exploité.e.s). Au royaume du Capital, tout est bon pour faire du pèze : le luxe et la qualité pour les riches, le bas de gamme pour les pauvres.

– L’écologisme accepté est aussi celui qui consiste à être « gentil.le », à méditer ou prier pour le monde, à bien trier ses déchets (les ordures ménagères ne représentent que 4 % de la masse mondiale des déchets mais elles sont un gisement de profits pour les entreprises privées du tri et du recyclage, qui ont négocié à leur grand avantage les contrats avec les collectivités locales). Je ne dis pas que trier ses déchets est une mauvaise chose, je le fais aussi, mais il ne faut pas se raconter d’histoires : on « travaille » gratis pour Veolia et consorts qui valorisent ensuite sur le marché leur collecte et qui ne veulent surtout pas une baisse des volumes. Tant qu’on ne remonte pas à la « source » de la création/production de ce qui devient un déchet (comme le suremballage, le jetable et l’obsolescence programmée par exemple), c’est un puits sans fin. Sisyphe : le retour !

– L’illusion écologiste est aussi celle qui veut se présenter aux élections, donc qui légitime le système actuel et qui noue des alliances avec des partis productivistes. L’accession d’écologistes dans les sphères du Pouvoir a montré leurs renoncements et leurs limites.

– Mais, parce que de plus en plus de monde devient conscient que ce sont des impasses, on voit des manifestations contestataires fleurir mais in fine s’arrêter en chemin : elles demandent aux instances politiques d’intervenir, de limiter la folie des entreprises… Ce qui aboutit à la Convention Citoyenne pour le Climat… aux résultats quasi nuls. Cette dernière est un bon thermomètre pour faire comprendre la supercherie de l’État au service du Capital.

– Plus intéressantes sont les alternatives, la recherche d’une plus grande autonomie, les habitats collectifs avec productions potagères, etc. Pour autant, il ne faut pas se mentir : si la société capitaliste continue à côté, personne n’y échappera. Une zone commerciale peut être construite dans une zone verte, une ferme industrielle peut s’installer à proximité… Tu peux avoir ta maison super autonome avec un jardin tout en bio et … te faire exproprier par les Pouvoirs publics pour la construction d’un réacteur nucléaire (que l’État présente faussement comme énergie « décarbonnée ») ! Bref, créer des modes de vie selon la simplicité volontaire sans s’attaquer aux logiques capitalistes et étatiques (qui sont entremêlées, je me répète) ne changera pas grand-chose fondamentalement… et vice-versa aussi en quelque sorte.

– Par ailleurs, une des spécificités de l’analyse anarchiste et spécialement de la FA, incompatible avec une écologie qui cible les individus, plutôt que les décideurs et organisateurs de la catastrophe en cours, est de dénoncer le complexe militaro-industriel : fabrications et ventes de matériels militaires (air, terre, mer), exercices militaires avec usages d’armes et transports de troupes, guerres… Accaparement et détournement de moyens techniques et humains pour un seul but : la domination par la mort, la terreur et la destruction (de tout ce qui vit : outre les humain.e.s, animaux et végétation n’échappent pas au feu des bombes) ! Au décollage, un Rafale consomme 110 litres de carburant à la… minute ! Le milieu écolo a (trop) souvent cet angle mort dans ses analyses. A leurs origines, même les partis écologistes étaient pacifistes. Mais, au fur et à mesure de leurs progrès électoraux et de leur volonté « réaliste » (comprendre : « compatible avec le système en place ») ils ont beaucoup amoindri leurs discours sur le sujet. Et pourtant la démilitarisation de l’ensemble des sociétés serait un bienfait pour tout le monde, sur tous les plans : sociaux, éthiques, écologiques, économiques…

– Et, comme ma camarade, pour moi, la question de la natalité doit être posée. L’impact écologique se mesure par la multiplication de nos moyens techniques par le nombre d’individus. Dans une société de classes, les plus aisé.e.s ont un impact dévastateur contrairement aux plus démuni.e.s, lesquel.le.s sont de surcroît les plus exposé.e.s aux pollutions. Dans des sociétés égalitaires, où personne ne sera privé.e de moyens d’existence et de bien-être, il faudra trouver l’équilibre…

– La question suivante me tient à cœur : tout le milieu militant s’accorde pour condamner les productions de viande, poisson, lait, œufs, cuir, laine, miel et fourrure issues de l’élevage industriel ainsi que la pêche intensive et la chasse de loisir, tant ses pratiques sont destructrices pour l’environnement et pour les premiers concernés : les animaux.
Effectivement, sur la biomasse des mammifères peuplant aujourd’hui la Terre : 60 % sont d’élevage, 36 % sont des humains et… 4 % sont sauvages.
En ce qui concerne les oiseaux, 71 % sont d’élevage (en majorité des poulets) et 29 % seulement sauvages. Pour laisser de la place et pour permettre un repeuplement, il convient de réduire considérablement les cheptels et donc massivement la consommation de produits animaux. De toute manière, l’élevage non intensif ne peut répondre à la demande, d’autant que la population mondiale s’accroît. De plus, aussi contre intuitif que cela soit, les vaches nourries à l’herbe émettent plus de méthane (gaz à effet de serre) par fermentation entérique que le fameux duo soja-maïs. Or les productions végétales destinées directement à l’alimentation humaine, sans passer par l’intermédiaire animal, occupent beaucoup moins d’espaces et peuvent satisfaire tous les besoins humains. Cette question de la revégétalisation de l’alimentation est sur la… table. Mais là aussi il faut sortir ces productions de l’emprise capitaliste, notamment des pratiques de spéculation. Recherches d’autonomie et de partage sont nos plus fécondes mamelles. Reste ouvert le débat autour de la légitimité ou de l’illégitimité de tuer (ou faire tuer) un être sensible (sentient). Le mouvement libertaire, comme d’autres, est divisé sur le sujet.

3- Votre organisation est révolutionnaire. Qu’est-ce que cela implique dans votre rapport à la lutte écologiste ? Quelle place doit-elle occuper au sein du mouvement social selon vous ?

* B : La lutte écologique est indissociable de la lutte sociale, il n’y aura pas d’écologie viable sans une société égalitaire et partageuse ; les problèmes liés à la destruction de notre environnement sont mondiaux, nous ne survivrons pas avec des solutions locales d’enfermement et de repli.

La relocalisation des productions de survie doit être mondiale. Les migrations devront être prises en charge par tous-tes.

La religion du « travail et consomme » doit être abolie, au profit du partage des tâches et des ressources, du mieux vivre en commun, de l’implication de tous-tes dans l’éducation, le soin, la culture de la nourriture physique, philosophique et artistique.

banderolle de militant.e.s de la FA lors des manifestations contre la loi travail en 2016

* S : Ne rien attendre des dirigeant.e.s politiques : les jeter dans les poubelles de l’Histoire ! Bloquer le système économique actuel pour le réorienter ne pourra se faire qu’avec celles et ceux qui y travaillent (et parfois contre, s’ils et elles sont à ce point aliéné.e.s à leurs chaînes), ce qui implique de soutenir les luttes qui dépassent le simple cadre de l’augmentation de salaire mais qui questionnent le sens de la production. Et s’il faut prendre des chemins de traverse, sortir du cadre de la légalité, allons-y car leurs lois ne sont pas les nôtres, ne sont pas notre éthique !

Il faudra aller bien plus loin et ce sera autrement plus… chaud (!) : devenir nous-mêmes maîtres de l’économie, c’est-à-dire nous emparer des moyens de production et de distribution et en reconvertir une bonne partie vers des activités soutenables et pacifistes. En fait, c’est simple : si on ne le fait pas, c’est comme si on ne faisait (presque) rien. Nos défilés, nos boycotts n’ont et n’auront que des effets marginaux. Comme j’en fais beaucoup, je vois bien les limites et surtout qu’on s’enfonce de plus en plus.

4- Quelles sont les luttes écologistes locales, dans le département du Morbihan, que vous soutenez ou auxquelles vous prenez part ?

* B : Avec les collectifs contre les fermes usines du Morbihan, et avec le collectif Extinction Rebellion de Vannes (XR), et tout rassemblement, Zad et appel large en faveur de la lutte écologique.

* S : Le groupe a 25 ans d’existence, il a eu tout le loisir de participer à un paquet de mouvements : pour l’eau (non polluée et autogérée), pour une agriculture bio et paysanne (et pour certain.e.s : végane), contre les incinérateurs (ordures ménagères à Plouharnel, farines animales à Plouray), contre le nucléaire et pour des énergies alternatives, contre l’extraction de sables marins par le cimentier Lafarge à Erdeven, contre les Ogm, l’aéroport de NDDL, en soutien aux ZAD, etc.

5- À l’échelle nationale, comment imaginez-vous l’avenir du mouvement écologiste ? Va-t’il se radicaliser ou, au contraire, se légaliser et s’embourgeoiser encore plus ? Doit-il se radicaliser ?

* B : Le mouvement écologiste a déjà plusieurs partis participant à la mascarade électorale et à la solde du profit, et puis il y a divers mouvements qui seront récupérés ou pas par la politique politicienne.

La radicalisation viendra des deux faces de l’écologie, celle agréée par les pouvoirs en place, par la répression lorsque les problèmes vont s’intensifier et provoqueront des désastres économiques, sanitaires, sociaux… et celle des mouvements indépendants qui monteront au créneau face aux désastres… une escalade de la violence.

Il y a une forme de radicalisation non violente, c’est le boycott et la grève de la consommation. Le siècle dernier a vu les luttes sociales se développer par la grève et la paralysie de l’outil de production entre autre, avec des résultats.

La grève de la consommation est le seul outil qui attaque les profits du capital et peut le faire reculer, cela fait des années que je pratique et ce n’est pas difficile, mais tout comme les luttes pour les acquis sociaux du XXe siècle, il faut que cette grève soit massive, mondiale et sans faille.

Et la plupart du temps, je passe pour une imbécile, puisque tout le monde n’adhérera pas à cette grève, c’est la réponse des militants de base…. Sans commentaire.

D’ailleurs les pouvoirs en place ont déjà récupéré l’idée et ont coupé l’électricité une fois ou deux dans les villes avec beaucoup de communication, afin de nous éduquer, de nous déculpabiliser, puisque ce sont les consommateurs qui détruisent l’environnement…

* S : Se radicaliser signifiant non pas devenir extrémistes mais aller jusqu’à la racine des problèmes, on ne peut que souhaiter une radicalisation générale ! Le mouvement écologiste est déjà très divers et largement embourgeoisé, dans le sens où le système capitaliste n’est pas questionné sur ses bases. La question des classes sociales est évacuée au profit d’une critique des humain.e.s, ce qui permet à certain.e.s de mettre sur le même plan quelqu’un.e de désargenté.e qui vit au fond de l’Afrique et un.e riche d’un des pays riches, membre de la jet set qui sillonne la planète en avion privé pour conclure des contrats aux effets dévastateurs mais lucratifs.

Je me démarque de ma camarade sur l’importance donnée au boycott, même s’il demeure un moyen d’action : dans le système capitaliste, c’est l’offre qui fait la demande, pas le contraire. Ne pas avoir de téléphone mobile ou d’automobile est contraignant dans notre société organisée autour de ses prothèses. La plupart des gens sont captifs, ne peuvent y échapper. Et si boycotter les avions de guerre est à la portée du premier venu, les industriels ne se privent pas d’en construire et les États d’en acheter avec… l’argent de nos impôts ! Je le redis : nous – les gens – devons prendre les commandes de la production et mettre fin aux systèmes hiérarchiques, pour être à la fois dirigeant.e.s et exécutant.e.s. de ce qui peut être produit, avec la connaissance de tous les impacts écologiques inhérents.

6- Aujourd’hui, quel(s) rôle(s) les anarchistes peuvent-iels jouer au sein du mouvement écologiste ? Autrement dit : comment radicaliser le mouvement écologiste ? Comment y faire vivre nos idées et ambitions révolutionnaire ? Tant au niveau national, qu’au niveau du Morbihan.

* B : En transmettant, l’idée et la pratique du boycott, en éduquant sur la consommation, en informant sur les circuits de cette consommation.

En diffusant l’Histoire, les connaissances sur le mouvement, encore de l’éducation.

En utilisant ses compétences pour participer à toutes les luttes écologiques et sociales en cours et à venir.

En créant des réseaux d’entraide afin de mettre en œuvre et en acte l’anarchie.

En rachetant collectivement des terres qui seront intouchables par les multinationales et les destructeurs de l’environnement, en y créant des oasis de biodiversité et des projets de vie en commun, en y semant les graines de l’anarchie.

* S : L’investissement anarchiste est à la fois local et … international ! Les radiations atomiques et les gaz à effet de serre ne connaissent pas les frontières : nous non plus ! La lutte est ici et ailleurs. Il est important d’être solidaires avec toutes les personnes et tous les collectifs qui luttent, les soutenir quand ils font face à la répression, peu importe le lieu où ils et elles vivent, pour qu’elles gagnent le plus possible.

Participer aux luttes, soutenir les alternatives, faire naître le débat, montrer les impasses de certaines revendications compatibles avec le système capitaliste et son appareil étatique, pousser à la grève générale,… Comme dans l’An 01 : on arrête tout, on fait un pas de côté, on réfléchit… et c’est pas triste !

Là encore, j’ai un point de vue un peu différent de ma camarade : peut-on cohabiter avec les multinationales, se créer des îlots ? Toutes ces expériences qui tendent à l’autonomie, à l’entraide, montrent une autre façon de vivre. Elles sont une respiration dans notre société en état de course permanente. Elles peuvent préparer ce fameux « monde d’après ». Mais l’État ne tolère pas longtemps ce qui le menace sur ses bases. La logique des multinationales est la domination et l’expansion. Tôt ou tard il y aura confrontation. On ne joue pas dans la même cour pour acheter des terres. Les multinationales (ou simplement le capitalisme national, français, aussi grave que les autres) doivent disparaître, tout comme à leurs yeux « nous » devons être balayé.e.s ! La lutte sera mortelle. Ce qui ne veut pas dire pendre leurs dirigant.e.s et actionnaires mais faire en sorte qu’ils et elles deviennent des producteurs et des usagers comme les autres, pas au-dessus, ni en-dessous. Exproprié.e.s de leurs Pouvoirs, mais devenu.e.s égaux-égales.


Merci à elleux-deux d’avoir répondu à ces questions. Nous espérons sincèrement que cet entretien vous a intéressé. Vous pouvez retrouver des liens et adresses pour contacter leur groupe dans l’onglet “Copaines et liens” de notre site.

Cependant, cet entretien ne s’est concentré que sur des aspects politiques et économiques, qui sont les aspects « classiques » de la pensée libertaire. Des sujets très importants n’ont donc pas pu être abordés, tels que : les liens entre les luttes féministes et l’écologie, ainsi que les liens entre les luttes anti-racistes et anti-colonialistes et l’écologie. Ainsi, pour aller explorer tous ces sujets, on vous conseille :

– le Collectif Cases Rebelles ; « PanAfroRévolutionnaires » : http://www.cases-rebelles.org/ et sur les réseaux sociaux

– le livre Une écologie décoloniale, de Malcolm Ferdinand, aux éditions du Seuil : présentation sur le site web de la maison d’édition

– le reportage « Décolonisons L’écologie » réalisé par des militant.e.s anticolonialistes, écologistes et libertaires sur l’empoisonnement de la Martinique au Chlordécone : la bande annonce sur YouTube & un débat avec Canelle, un.e des co-réalisateurices du reportage, avec Malcolm Ferdinand et Ruth Paluku-Atoka, dispo sur YouTube

– la chaîne YouTube « Game Of Hearth » ; « Une chaîne qui parle d’écologie politique et de féminisme, à travers les écrits théoriques » : une présentation de la chaîne sur YouTube

– le blog « Contre-Attaques » ; « Blog d’écologie radicale. Anarchisme, écologie politique et luttes sociales. » : https://contreattaquesecologieradicale.wordpress.com/ et sur les réseaux sociaux

– l’émission de Radio Libertaire « Sortir du capitalisme », notamment celle intitulée « Murray Bookchin, pour une écologie libertaire anti-capitaliste » : à écouter sur YouTube


PS : on pourrait également parler des liens entre l’antifascisme et l’écologie, mais ce sera pour une prochaine fois.


Pour suivre et contacter L’Hermine VNR :