Des bleus autour du brun : récit du rassemblement antifasciste de Vannes

8 janvier 2022 – 13h30

Les keufs sont déjà présents partout autour du Palais des Arts de Vannes, où le parti d’extrême-droite “Reconquête”, dirigé par l’éditorialiste raciste, misogyne, homophobe, condamné pour incitation à la haine Eric Zemmour, va donner un meeting à 15h. On peut croiser quelques autocollants des royalistes de l’Action Française aux alentours du lieu. Les rues environnantes sont bouclées et l’accès à la place devant l’entrée du théâtre est inaccessible : des bleus partout.

Les keufs bouclent un côté (à notre gauche) de l’avenue Jean Monnet

Au préalable, les antifascistes morbihannais.e.s s’étaient organisé.e.s pour essayer de saboter le meeting des fachos en s’inscrivant anonymement sur le site de réservation de billets. Ces derniers étant gratuits et sans vérification de mails ni de numéros de téléphones, il nous était aisé de “bourrer” les places. Cela n’a pas été sans effet chez nos fafs locaux :

Toujours un plaisir de les voir paniquer

Au final, au vu des images du meeting qu’on a pu capter ici et là, ça n’a peut-être pas été aussi efficace qu’on aurait pu l’imaginer. On tâchera d’en tirer des apprentissages pour de futurs événements comme celui-là.

14h – Début du rassemblement

On démarre alors à environ 80 militant.e.s antifascistes autour du rond-point à l’embranchement de l’avenue Jean Monnet et du Boulevard de la Paix. Malgré la pluie et la tempête, on a pu montrer notre détermination à s’opposer à cette extrême-droite fondamentalement raciste, nationaliste, violente et dangereuse.

Entre 25 et 30 minutes plus tard, la manifestation contre le pass vaccinal nous rejoint depuis le port (c’est-à-dire derrière nous). Iels sont entre 600 et 800[1] en tout, on les entends scander “Hé Macron, on t’emmerde” et puis, quand certain.e.s arrivent à notre hauteur, “Hé Zemmour, on t’emmerde”. Pour être tout à fait honnête, ça m’a un peu rassuré étant donné la couleur plus que douteuse du mouvement “anti pass” depuis l’été dernier. Quelques personnes nous rejoignent et gonflent nos rangs jusqu’à environ 120 personnes, tandis que l’immense majorité du cortège continue son parcours. Des camarades ayant discuté avec des “anti-pass” racontent : entre celleux qui sont proches de nos idées antifascistes mais qui considèrent que la lutte contre le pass sanitaire est plus importante, et d’autres qui annoncent très clairement voter Le Pen aux prochaines élections, pas toujours faciel de trouver un terrain d’entente. Au moins il n’y a pas eu d’accrochages : sinon on aurait été bien dans la merde avec d’un côté les keufs et de l’autre les antivax et complotistes.

En même temps, il y avait de quoi s’inquiéter. En effet on a pu voir tourner, sur certains réseaux “anti-pass” (antivax) et même Gilets Jaunes, des appels à participer à la manif “anti-pass” de Vannes tout en relayant le meeting des fachos !

Des faux résistant.e.s

Des faux révoltés

Ironique pour un mouvement qui se veut “apolitique” et “apartisan”. Mais finalement pas si étonnant au vu des énergumènes qui ont pu y participer précédemment[2]. Il y a décidément une certaine branche des Gilets Jaunes dans notre département qui a viré antivax, complotiste et qui s’est rapprochée de l’extrême-droite.


Pour conclure on vous renvoi vers les réactions à chaud de nos camarades du Gwened Antifa Crew sur Facebook. Elles sont pertinentes et soulignent une chose qui nous parait importante : ce n’est que le début. Ce rassemblement a été le 1er appelé par le Collectif Antifasciste du Morbihan, créé un peu plus tôt dans la semaine du 3 janvier 2022. Nous allons travailler à tisser des liens entre militant.e.s, à nous organiser pour faire front.

Pour insuffler un vrai sentiment antifasciste et au final, espérons-le, faire émerger un mouvement fort dans le département, il va falloir faire un réel travail de terrain : dans nos quartiers, sur nos lieux de travail, partout où c’est possible. Il faudra tenir des réunions publiques, former des militant.e.s, informer la population ; rien de nouveau dans les pratiques militantes mais cela reste fondamental. En ce qui nous concerne, nous pensons que cela doit aller dans le sens d’une éducation politique pour une lutte antifasciste de classe et révolutionnaire. Cela ne doit pas être expédié avec des réponses simplistes : nous devrons apporter de la nuance et de l’esprit critique à nos analyses tant de l’extrême-droite elle-même que des réponses à lui opposer. On ne saurait simplement appeler à “bien voter”, ou alors arrêter notre critique de l’extrême-droite au libéralisme, censurer nos critiques des pratiques autoritaires ou du racisme présents même au sein de partis situés à gauche de l’échiquier politique. Il nous faudra porter des analyses claires et solides et agir de façon directe et offensive, il y a urgence.

Merci beaucoup à toutes les personnes qui ont fait le déplacement dans le département mais aussi depuis le Finisterre pour venir nous soutenir !

Solidarité Antifasciste !

Il ne faut surtout pas baisser la garde : même si Vannes est déjà connue pour être un bastion de la droite, elle tend à en devenir un pour l’extrême-droite (et parfois la plus radicale et violente). Mais nous serons là. Nous serons toujours là. Car nous sommes antifascistes, tant qu’il le faudra !

Tout le monde déteste (tous) les fachos !

[1] Sources : articles de Ouest France & du Télégramme

[2] Pour plus d’informations, vous pouvez lire l’article qu’on a fait sur les manifestations “anti-pass sanitaire” de Vannes

Théâtre de Lorient : expulsé.e.s mais pas essoufflé.e.s !

La lutte continue !

C’était en effet le mot d’ordre de cette Agora, le 5 juin dernier. Devant le Théâtre de Lorient, redevenu gris et triste depuis l’expulsion qui a eu lieu la veille au petit matin, les militantes et militants (ex-occupant.e.s) déclament leur détermination toujours intacte. Iels rappellent leurs revendications :

– le retrait de la réforme de l’assurance chômage, applicable au 1er juillet de cette année, qui engendrera une perte d’environ 150€ pour les chomeur.euse.s qui touchaient déjà 900€ ; ce qui « rajoute de la précarité à la précarité » selon Ali, militant et ex-occupant

– la prolongation de l’année blanche pour les intermittent.e.s et l’élargissement de ce régime à tous les précaires effectuant des emplois discontinus ; une prolongation partielle de 4 mois a été annoncée pour l’instant

– l’allongement des droits au chômage ; car 90 % des bénéficiaires ne seront pas renouvelés au 31 décembre prochain

– la baisse du seuil d’accès à l’assurance chômage ; elle est actuellement de 507 heures et est difficilement accessible pour toustes ; les militant.e.s expliquent que depuis une trentaine d’année le travail discontinu s’est imposé et les chomeur.euse.s ont été laissé de côté par les pouvoirs publics et les milieux militants, comme si cette lutte ne valait pas la peine et que les chomeurs et chomeuses étaient des fainéant.e.s ne valant pas la peine que l’on se batte pour leurs droits

– l’accès aux congés maternités et maladie pour toustes

– une revalorisation des cotisations retraite afin que ces-dernières puissent se retrouver dans des services publics de qualité

– un plan de soutien à l’emploi : car si les gens travaillent, iels peuvent cotiser et donc améliorer les services publics ; ce plan ne se restreint pas au seul secteur de la culture, il doit être global affirment les militant.e.s

– que le Conseil National des Professionnels du Spectacle rencontre le 1er ministre afin de régler la situation dans le secteur de la culture ; une rencontre a été faite avec les ministres du travail et de la culture, décidant de basculer le régime des intermittent.e.s du spectacle dans le ministère de la culture, une demande du MEDEF depuis très longtemps ; prouvant une fois de plus que l’État bourgeois ne satisfait que les intérêts de la bourgeoisie (ça n’est pas une grande surprise)

– l’abrogation des lois « scélérates » : sécurité globale, séparatisme (ou « confortant le respect des principes de la République ») et Pass Sanitaire ; qui attentent aux libertés, qui sont racistes et islamophobes, qui participent au développement de l’autoritarisme de la société ainsi que de sa fascisation croissante

Sentiment de trahison

Après l’Agora, plusieurs militantes affirment leur immense déception et leur sentiment de trahison vis-à-vis du Maire de Lorient ; ayant dans un premier temps apporté son soutien à l’occupation, mais s’étant rétracté très vite. Le contact avec la mairie de Lorient n’a en fait jamais été tout à fait serein : les rencontres se déroulaient dans des espaces d’autorité répressive, la mairie, avec la direction du Théâtre de Lorient, n’a eu de cesse de manipuler l’opinion dans les médias. Une militante confie même qu’il est « facile de communiquer quand on ment ».

Lors de l’Agora, des militant.e.s ont également lu des lettres adressées respectivement au maire de Lorient, Fabrice Loher, et au directeur du Théâtre de Lorient, Rodolphe Dana. Celles-ci sont sensiblement similaires : elles témoignent des mensonges éhontés des deux personnages. L’un prétextant qu’il n’y a « pas de terrain d’entente » avec les occupant.e.s du Théâtre, mais refusant le dialogue et menant une chasse aux pauvres et précaires. L’autre revendiquant son soutien envers les compagnies locales alors que la programmation du Théâtre de Lorient n’en compte aucunes, tout en revendiquant également son soutien aux occupant.e.s mais n’étant jamais présent pour préparer ou prendre part aux manifestations, se repliant ainsi sur lui-même jusqu’à s’isoler totalement des militant.e.s et de leur lutte.

Malgré tout, le moral est bon

L’expérience de l’occupation reste un bon souvenir et un exemple que les précaires et les intermittent.e.s peuvent s’organiser et lutter pour leurs droits. De plus, iels ont réussis à ouvrir l’occupation à de nouvelles luttes, comme on l’a vu plusieurs fois avec la manifestation contre Bayer-Monsanto ou lors de la Marche pour le Climat organisée par Youth For Climate – Lorient ; ce qui laisse également de beaux souvenirs ainsi que la réjouissance d’avoir réussi une belle convergence des luttes.

Le soutien presque automatique apporté par le maire de Lanester après l’expulsion, mettant à disposition un local de 90m² pour les militantes et militants, a très certainement participé au maintien du moral chez les ex-occupant.e.s. [1]

Certes, c’est une page qui se tourne, mais qui annonce le début d’une nouvelle page, et l’espoir d’une victoire.

Vous pouvez soutenir les militantes et militants en lutte pour une culture populaire et contre la réforme du chômage qui précarise encore plus les précaires :

– Donnez sur la cagnotte en ligne

– Suivez leur actualité sur leur page Facebook

– Informez-vous et Engagez-vous sur leur site internet


[1] Le Télégramme, “Les intermittents du spectacle en grève reçoivent le soutien du maire de Lanester“, 04/06/2021


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Vannes : une Pride festive et revendicative

Samedi 29 mai 2021 s’est tenue, pour la 1ère fois dans l’histoire de la ville de Vannes, une marche des fiertés LGBTQIA+. C’est un événement important pour cette ville bourgeoise qui a une histoire très ancrée à droite. En effet, lorsque l’on décrit le découpage politique du département du Morbihan à la fin du XIXe siècle – début XXe siècle, on parle de Lorient « la rouge » (couleur historique du mouvement ouvrier et du socialisme) et de Vannes « la blanche » (couleur désignant les monarchistes). De plus, la mairie est campée par la droite conservatrice (les « centristes » ou « démocrates-chrétiens ») depuis la fin de la 2nde guerre mondiale. D’autre part, Vannes est une ville très catholique : le Diocèse y est installé et on ne peut pas dire que l’Église de Rome est une grande alliée des LGBTQIA+. Tout ça sans compter l’activité des groupuscules d’extrême-droite tels que La Manif pour Tous (qui avait déjà sévit en début d’année 2021 et qui est soutenue par le Diocèse de Vannes), Civitas (qui en plus d’être LGBT+phobe est islamophobe) ou encore l’Action Française (qui cumule tout : LGBT+phobie, islamophobie, racisme, antisémitisme, n’en jetez plus la coupe est pleine) qui sont relativement actifs à travers le département. On comprend donc aisément pourquoi une marche des fiertés n’ai pas vu le jour plus tôt dans cette ville du Golfe du Morbihan.

C’est donc avec bonheur que l’on a pu voir près de 500 personnes faire flotter des drapeaux de la fierté gay, lesbienne, transgenre, non-binaire (entre autre, je suis pas expert en drapeaux désolé) dans les rues de la ville ! Tout en entendant tonner les slogans : « La rue est à nous ! » et « Homophobie/Transphobie, on n’en veut pas ! ».

Au delà de la fête (qui est cependant très rafraîchissante en ces temps de pandémie), cette marche était aussi, en effet, un événement éminemment politique. Une véritable lutte sociale pour des droits humains encore aujourd’hui bafoués et/ou non-reconnus par les autorités ; des gens dont on nie l’existence ! C’est ce qu’a voulu faire passer Johanne, militant trans et anarchiste, en rappelant l’origine de la Pride : les émeutes de Stonewall en 1969-70. On notera aussi qu’un élu municipal a annoncé que la ville de Vannes, en opposition à certaines villes de Pologne par exemple, était désormais une « Terre de liberté pour les LGBTQIA+ ». Un beau symbole, mais seulement un symbole qui, au mieux, ne servira que de token (jeton) pour les maires suivant.e.s, histoire de dire « on est avec vous » et, au final, s’accorder le droit de ne rien faire de concret.

Parce qu’il y avait du concret. Les revendications étaient claires :

– une PMA pour toustes

– l’interdiction définitive des mutilations des personnes intersexes à la naissance

– la reconnaissance des personnes non-binaires

– l’interdiction des thérapies de conversion

– la lutte contre la transphobie médicale

– la lutte contre la précarité des LGBTQIA+ (qui le sont malheureusement très souvent)

– virer Darmanin du ministère de l’intérieur et virer le ministère tout entier et l’État bourgeois avec (bon ça j’avoue c’est moi qui ai rajouté)

Avant de commencer la marche, un die in a été organisé en hommage à Maxence, adolescent transgenre vannetais qui s’est suicidé, comme beaucoup trop de personnes LGBTQIA+ encore aujourd’hui en France.

Trop fortent les lesbiennes !

Après la marche, on a pu discuter un peu avec Johanne à propos de son militantisme. Il affirme : « Quand on est trans, on doit être libertaire. La pression des institutions envers nous est trop forte pour ne pas l’être. ». D’autre part il assure qu’il y aura de prochaines Pride à Vannes à l’avenir. Si celle-ci était très jeune, « on voudrait pouvoir toucher les plus vieux également ; notamment les parents des jeunes présent.e.s à cette Pride, afin de montrer qu’iels soutiennent leur(s) enfant(s) ».

Johanne est également comédien et directeur artistique de la compagnie « Catharsis » avec son camarade Julien Tanguy. Tous les deux ils réalisent des pièces de théâtre, militent pour un accès à la culture qui soit le plus large possible et soutiennent les occupation de théâtre à travers la France, notamment à Lorient, contre la réforme du chômage.

En conclusion, le militantisme LGBTQIA+ a de beaux jours devant lui dans le département et les anarchistes seront toujours près d’elleux ! Vive la Pride !

(et fuck les fachos lgbt+phobes, on vous voit)


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Pays de Lorient : comme un air de backlash

La région de Lorient connait en ce moment plusieurs luttes sociales importantes. D’un côté les salarié.e.s de la Fonderie de Bretagne montent le ton face à Renault qui annonce poursuivre sa recherche d’un repreneur pour l’usine, ce qui cache en fait une volonté de fermer l’établissement, menaçant donc les plus de 380 travailleurs et travailleuses de la fonderie. De l’autre, les intermittent.e.s et précaires occupent le Grand Théâtre de Lorient depuis 2 mois maintenant afin de protester contre la réforme du chômage qui précarisera encore plus les populations et qui réclament le prolongement des droits des intermittent.e.s à tous.tes les précaires.

Malheureusement, on observe dans les 2 cas un retour de bâton (ou backlash en bon français) de la part des autorités locales et du patronat.

Une mobilisation toujours plus forte chez les fondeur.euse.s

Après plusieurs semaines de blocage de la Fonderie de Caudan et sans aucunes réponses de la part de Renault, les salarié.e.s passent à l’offensive.

Lundi ils et elles ont bloqués la sous-préfecture de Lorient afin que le Conseil Social et Économique (CSE) de Renault ne se tienne pas[1]. Ce dernier prévoyait en effet de trouver un repreneur pour l’usine, ce que les salarié.e.s refusent catégoriquement.

Mardi, suite à l’annonce de Renault de revendre l’usine, les fondeurs se rassemblent de nouveau devant la sous-préfecture pour exprimer leur colère[2]. À cette occasion, on a pu observer un déploiement inédit de gendarmes autour de la sous-préf. Ce sont 6 camions de gendarmes mobiles qui ont empêché l’accès au bâtiment à la cinquantaine de grévistes en colère.

Aujourd’hui Mercredi, les salarié.e.s ont bloqués la ligne ferroviaire à Lorient. Une visioconférence avec les patrons de Renault a été convenue à 15h à la sous-préfecture[3]. C’est la première fois que les représentants les salariés de l’usine vont être entendus par Renault (seront-ils écoutés ?).

Le déploiement exceptionnel de flics et l’obsession de Renault pour que la fonderie ai un repreneur et pour que l’activité reprenne dans l’usine nous permet de faire deux remarques. D’abord, la fonction des forces de l’ordre et leur rôle social (s’il est encore nécessaire de le rappeler) : la police n’est pas dans notre camp social, elle ne protège que les intérêts des capitalistes. Elle n’hésitera pas à faire abattre une forte répression contre les salarié.e.s et les syndicalistes si nécessaire. Ensuite, on a le sentiment que tout est joué d’avance. Malgré les appels des élu.e.s de la région de Lorient à Renault pour garder la fonderie, malgré les engagements à la relocalisation des industries, malgré la mobilisation admirable des travailleurs et travailleuses, on a l’impression que tout ça ne sont que des coups d’épée dans l’eau. Renault semble déterminé à ce que l’usine ferme. Ce ne serait pas étonnant au vu de la politique des gouvernement successifs depuis une vingtaine d’années, allant toujours dans le sens du capital et jamais des travailleurs, leur permettant de se comporter comme le fait Renault face à ses salarié.e.s.

Les intermittent.e.s et précaires sommé.e.s de quitter le Théâtre

Depuis le début de la semaine, il y a comme un vent de dégagisme au Grand Théâtre de Lorient. Les annonces nationales de déconfinement sont tombées fin avril dernier, laissant présager une réouverture des lieux culturels pour les 17-19 mai prochain. C’est dans cette perspective que la direction du Théâtre de Lorient prévoit une réouverture en juin. Cependant, il semblerait que cette décision de réouverture ne prenne pas en compte les occupant.e.s du Théâtre.

En effet, le 8 mai denier, au 55ème jour d’occupation, les occupant.e.s du Théâtre ont publié un communiqué via leur page Facebook informant que la sous-préfecture refuserait que le Théâtre réouvre si les intermittent.e.s et précaires continuent d’occuper[4]. Quelques jours plus tard, les autorités mises en cause démentent et assurent leur soutien aux occupantes et occupants[5].

Hier, total retournement de veste de la part du maire de Lorient (une spécialité de la droite) : désormais le maire appelle les intermittant.e.s et précaires à la “responsabilité” et de bien vouloir quitter les lieux, prétextant les conditions sanitaires[6]. En réalité, la raison est tout autre, et typique de la droite encore une fois : il faut que les occupant.e.s s’en aille car leur discour dérange. Le maire s’inscrit alors dans la ligne de la direction du Théâtre, souhaitant également le départ des occupant.e.s. Ces derniers et dernières, en revanche ne bougeront pas : “Nous sommes plus déterminés que jamais, on ne lâche rien ni personne”. À ce jour aucunes de leurs revendications n’ont été entendues et acceptées et la communication avec la direction du théâtre semble bouchée.

Face à ces tentatives d’enterrement des luttes sociales : faisons bloc

Il est plus que jamais nécessaire de nous unir en tant que classe contre la politique néolibérale du gouvernement qui précarise toujours plus la population, contre le capitalisme productiviste mortifère qui assassine les terres et les corps. Soutenons les intermittent(e)s et précaires qui occupent le Théâtre de Lorient. Soutenons les salarié(e)s de la Fonderie de Bretagne qui risquent de tomber dans la précarité.

Seule la lutte paye ! Solidarité avec tous les peuples en lutte


[1] France Bleu – “Les salariés de la Fonderie de Bretagne empêchent la tenue du CSE”

[2] Photos sur le Facebook de la CGT FDB & Ouest France – “Fonderie de Bretagne : le conflit social à un tournant”

[3] Photos de Facebook de la CGT FDB & Communiqué de l’UCL Lorient

[4] Communiqué disponible sur leur Facebook

[5] Ouest France – “Intermittents, la Ville n’envisage pas d’expulsion”

[6] Le Télégramme – “Le maire de Lorient invite les occupants du Grand Théâtre à quitter les lieux”


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Revue de presse : le 1er Mai dans le Morbihan

Alors, oui on est plutôt en retard pour un article sur le 1er mai. C’était il y a une semaine maintenant, mais, comme vous le savez peut-être, ce projet n’est mené que par 1 personne (pour l’instant !) et c’est donc difficile de tenir la cadence ; mais bon, mieux vaut tard que jamais !

Le 1er mai c’est la « fête du travail », devenue réunion folklorique annuelle des représentant.e.s du mouvement ouvrier à travers la France ; et ce, malgré l’origine combative du 1er mai. Ceci-dit, le 1er mai permet tout de même de prendre la température des forces que la gauche est capable de mobiliser ; et dans notre département très acquis à la droite, aux tièdes et aux confus c’est quand même important. Faisons donc un petit tour dans le Morbihan pour regarder tout ça.

Belle île : on lit sur la page Facebook de l’UL CGT qu’une dizaine de personnes se sont mobilisées à Palais sur le port

Ploërmel : environ 80 personnes ont répondu à l’appel de la CGT

Pontivy : une 100aine de personnes ont manifesté, CGT et PCF en tête

Vannes : idem qu’à Pontivy, une centaine de personnes, la CGT était en majorité mais on compte aussi des intermittent.e.s venus, avec des chanteuses de la chorale Co-clito, animer musicalement le rassemblement

Hennebont : et là on rentre dans le dur du sujet ; autour de 2000 personnes mobilisées à Hennebont, rassemblant, entre autre, les intermittent.e.s qui occupent le Théâtre de Lorient avec les grévistes de la Fonderie de Bretagne (FDB), emmené.e.s par la CGT ; on notera aussi une petite présence de jeunes et d’étudiant.e.s, emmené.e.s par les JC et les Jeunes de l’UDB, chose surprenante (dans le bon sens du terme) étant donné que les universités morbihannaises sont (très) peu politisées

Une chose est claire : la CGT est omniprésente à travers le département. Et c’est normal, c’est le 1er syndicat de France, le 1er de Bretagne et on peut largement affirmer que c’est le 1er syndicat du Morbihan. Ses membres sont, pour la grande majorité, des allié.e.s indéniables de notre camp politique et, au vu de la situation dans le Morbihan, on ne saurait se passer d’elles/eux. Cependant, cela ne les épargne pas de toutes critiques.
Évidemment, la grande critique qu’on leur porte, nous libertaires, c’est d’être dans une approche d’apprivoisement de la société capitaliste, tout en visant la rupture révolutionnaire, peut-être, mais sans amorcer dès maintenant l’érosion, c’est-à-dire le grignotement, la subversion et le remplacement de la société marchande[1].
Si ça n’en fait pas pour autant des ennemis objectifs de notre camp (ni des « collabos »), et que nous respectons la diversité des tactiques de luttes, cette position réformiste peut entraîner des dérives gauchistes qui me gênent profondément, comme ce qu’on a pu observer autour de la mobilisation de la FDB samedi dernier. Bien entendu, il faut soutenir la grève des salarié.e.s de Caudan afin qu’ils et elles ne tombent pas au chômage, il n’est pas question de remettre ça en question ici. Ce qui me gêne particulièrement c’est le citoyennisme d’une pancarte extrêmement visible dans les images de la manif, autour de la banderole cégétiste. On y voit un dessin représentant Marianne (allégorie de la République Française) en larme avec écrit : « Marianne pleure pour la Fonderie de Bretagne et son abandon de Renault ». Ça n’a l’air de rien, mais c’est très important : on laisse entendre que la perdante dans l’histoire c’est la Nation (avec un grand N). C’est un discours tout simplement nationaliste et c’est triste qu’en lieu et place des travailleurs et travailleuses, qui sont, à priori, les premiers/premières menacé.e.s par la fermeture de l’usine, on mette en avant Marianne. D’autant plus venant d’une organisation syndicale avec l’histoire révolutionnaire qui est la sienne. On dira que c’est la faute d’une exposition à de trop hautes doses de PCF (dont le discours, teinté d’une nostalgie déviée des nationalisations de 1945, est sensiblement celui-là), mais ça se soigne.
Cependant, on notera qu’au rassemblement de Vannes le délégué CGT a très justement recentré la raison des mobilisations du 1er mai autour de la notion de classe : « la guerre de classes existe, il nous faut la mener »[2] et « diffusons ensemble une solidarité de classe » ; avant de chanter l’Internationale en hommage à la Commune de Paris. On préférera largement ce genre de discours à celui décrit plus haut (nous montrant une fois de plus la disparité des individus composant le syndicat, rendant impossible l’accusation de « collabo » de façon totale et sans nuances).

La situation des travailleurs et travailleuses de la fonderie de Caudan est très inquiétante et on salut avec fierté et admiration leur mobilisation, elle est la pure expression de la lutte des classes. Le média Basta ! Mag nous partage les propos d’une salariée de l’usine : « Aujourd’hui nous avons tous l’impression que ce sont les patrons qui décident et les politiques qui suivent. Renault a pourtant bénéficié de milliards de subvention de la part de l’État ! ». C’est absolument vrai, les politiques des gouvernements successifs depuis une 20aine d’année ne font qu’aller dans le sens de la bourgeoisie capitaliste, les gavant d’argent public et leur faisant des courbettes. On espère que les emplois seront maintenus et que les négociations engagées (qui s’annoncent âpres) aboutiront à des résultats satisfaisants pour elles/eux. Ce n’est pas la première fois qu’ils/elles luttent, ce ne sera pas la dernière fois qu’ils/elles gagneront. Comme le disait très justement Maël Le Goff, délégué CGT à la fonderie, dans son passage télévisé à l’antenne de Russia Today France (qui, par ailleurs, est très discutable au vu des accointances de cette antenne avec les réseaux conspirationnistes, mais, ceci dit, le choix de médias pour diffuser leur lutte ne doit pas être pléthorique, passons), l’usine leur appartient ; ce sont elles/eux qui y travaillent, elle/eux qui décident.

Une cagnotte de soutien des salarié.e.s a été mise en place : vous pouvez la trouver ici

Solidarité avec les travailleurs.euse.s en lutte
Solidarité internationale avec les peuples en lutte

[1] à ce sujet, lire : « Renouveler l’anarchisme »

[2] une petite chanson (certes un peu trop tendance maoïste mais bon c’est stylé quand même) : Les Nouveaux Partisans de Dominique Grange


Sources :

– Publication épinglée sur l’UL CGT de Belle Île : https://www.facebook.com/Ulcgtbelleile

– Le Télégramme « À Hennebont, l’avenir de la Fonderie de Bretagne au cœur du défilé du 1er mai »

– Ouest France « VIDEO. Hennebont : Un 1er mai en soutien aux salariés des fonderies de Bretagne »

– photos sur le Facebook de la CGT 56 :
https://www.facebook.com/ud.cgtmorbihan/posts/3959620417462809
https://www.facebook.com/ud.cgtmorbihan/posts/3959616200796564

– Russia Today France Fonderie de Bretagne : « Renault organise la mort à petit feu de notre site »

– Le Peuple Breton « Fonderie de Bretagne. Quand Renault veut rassurer ses actionnaires »

– Basta ! Mag « Grève à la Fonderie de Bretagne : malgré des milliards d’euros d’aides publiques, Renault roule ses salariés »

Communiqué de soutien de l’UCL à la FDB

– Ouest France « Ploërmel. La manifestation du 1er mai rassemble 80 personnes »

– Le Télégramme « Pour le 1er mai à Pontivy, peu de monde mais beaucoup de colère »

– Ouest France « Vannes. Une centaine de personnes au rassemblement du 1er mai »

– Le Télégramme « 1er-Mai : une centaine de personnes rassemblées sur le port de Vannes »


PS : Pour finir au sujet de la FDB, on ne peut s’empêcher de caler une petite phrase pour défendre notre chapelle : si la reprise de l’usine par Renault n’aboutit pas, ou pas de façon satisfaisante (par exemple une reprise avec moitié moins d’effectifs), peut-être les travailleur.euse.s pourraient-ils/elles considérer l’option de la socialisation : la reprise de l’outil de production en autogestion en disant fuck aux patrons qui, pour reprendre leur mot, les « trahissent ». Parce que le salariat n’est pas une fatalité, parce que l’industrie de l’automobile ne sera pas écologiquement viable dans une société post-capitaliste, parce qu’un autre monde est possible. Voilà, c’était la minute utopiste, on dit ça en passant, ça n’engage à rien.

Les mauvais jours finiront


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Le secteur de la culture mobilisé : rassemblement à Vannes

Aujourd’hui, jeudi 04 mars 2021, suite à l’appel unitaire à mobilisation nationale, environ 40 à 50 personnes se sont rassemblé.e.s devant la préfecture de Vannes pour protester contre la gestion de la crise sanitaire dans le secteur de la culture.

Plusieurs prises de parole délivrent un discours clair : la situation est gelée depuis décembre dernier, la ministre de la culture, Roselyne Bachelot, refuse de dialoguer avec les syndicats du spectacle, mais préfère recevoir le collectif de chanteurs et chanteuses lyrique “UNiSSONS”[1], qui regroupe des personnalités publiques (Roberto Alagna, Philippe Jaroussky, entre autre) dont les situations sont totalement différentes de celles de la plupart des chanteurs et chanteuses lyrique mais qui s’en font les porte-paroles, en s’appropriant la cause. La ministre fait de la communication en oubliant volontairement le dialogue social. Cette situation est exaspérante pour les acteurs et actrices du secteur de la culture, qui ont le sentiment d’être privé.e.s de leurs métiers.

Leur volonté est d’engager la discussion dans toutes les institutions culturelles, (régionales, départementales, locales), afin de trouver une solution pour “travailler quand même”[2].

D’autres prises de parole par des représentants des sans-emplois et du secteur de l’éducation rappellent la logique d’ensemble du gouvernement qui consiste à discréditer la parole syndicale, tout en cassant les services publics et les protections sociales, notamment pour les chômeurs (revalorisation des allocations chômages).

Une discussion est en cours entre les différents syndicats pour, peut-être, organiser un nouveau rassemblement unitaire autour du 20 mars prochain.

Pour finir, on ne peut que déplorer l’absence des médias pour couvrir cette manifestation. La culture est un secteur essentiel à la vie de toutes et tous et est aujourd’hui en danger. Une mobilisation des acteurs et actrices du secteur mais aussi du public est nécessaire pour faire bouger les lignes.


[1] https://www.francemusique.fr/musique-classique/menaces-les-artistes-lyriques-creent-le-collectif-unisson-et-appellent-l-etat-a-l-aide-83267

[2] https://sfa-cgt.fr/sites/default/files/sfa_travaillerquandmeme_covid19_0.pdf

PS : si vous croisez des affiches, des autocollants, ou une quelconque présence de l’extrême droite dans le Morbihan, prenez-les en photos avant de les déchirer et envoyez-nous les photos à : hermine_vnr[@]riseup.net ou sur nos réseaux sociaux

 

 

À Vannes, la LGBT+phobie ne passera pas !

Samedi dernier (30/01/2021), à Vannes, entre 200 et 250 personnes se sont rassemblées sur la place des Lices suite à l’appel du collectif « Marchons Enfants », qui regroupe de nombreuses associations et mouvements homophobes comme « La Manif Pour Tous », à manifester contre le projet de loi bioéthique.

En réponse, une centaine de jeunes militant.e.s LGBTQ+ leur ont fait face. On a pu y entendre et lire des slogans comme « PMA pour tou.te.s », « l’homophobie tue », « la transphobie tue » et y voir de beaux drapeaux de la fierté homosexuelle et transgenre. Ce groupe s’est finalement déplacé jusqu’à l’Hôtel de ville, avant de se disperser.

En tant que libertaires, il est pour nous évident de soutenir ce genre d’initiative ! Les droits et libertés des personnes LGBTQ+ sont des droits et des libertés humaines, il est absolument nécessaire de les protéger et de les renforcer !

De plus, en tant qu’antifascistes, ce mouvement s’inscrit dans une lutte importante contre l’extrême droite, ses idées rétrogrades et son monde passéiste que nous abhorrons. En effet, on a pu voir dans de nombreuses villes de France la présence de fascistes au sein de ces manifestations, ce qui a pu générer des heurs avec les contre-manifestants & les antifa. Bien que la situation n’ai pas dégénéré à Vannes, les fascistes étaient bien présent.e.s.

En effet, même si le Morbihan ne constitue pas un bastion pour l’extrême droite[1], on a pu remarquer, avec les camarades du pays vannetais, la prolifération d’affiches du parti « national-catholique » Civitas à travers la ville.

Si ces affiches concernent l’école hors-contrat, leur sujet de prédilection en ce moment est précisément l’opposition catégorique à la GPA et la PMA, au nom d’une opposition au transhumanisme, qui cache en fait un puritanisme religieux, une homophobie et une transphobie crasses. À noter que Civitas est aussi ouvertement islamophobe (quelle surprise ! Non).

En plus de cela, on a retrouvé autour de la place des Lices, quelques jours après le rassemblement, des petits stickers de nos royalistes préférés : l’Action Française (mais si, vous savez, ceux qui rendent hommage à Louis XVI pour avoir été « victime de la Révolution Française »).

La présence de ces personnes est plutôt inquiétante étant donné que, officiellement, il n’existe pas d’antenne de Civitas ni de l’Action Française dans le Morbihan. On peut donc faire 2 hypothèses : 1) soit ce sont des militant.e.s isolé.e.s ; dans ce cas là, il se pourrait que ce soit certains des agents du service d’ordre de la manifestation (en t-shirts orange sur la photos au dessus), 2) soit ce sont des antennes qui sont en train de se créer et de marquer leur territoire. Dans les 2 cas, ce n’est pas bon.

Il est nécessaire que nous, jeunes libertaires et antifascistes, nous organisions dès maintenant contre l’extrême droite et ses idées, de diffuser un contre-discours radical, révolutionnaire, contre toutes formes de dominations et de discriminations, de développer nos idées d’entre-aide, d’autogestion, de liberté et d’égalité !

C’est le but de l’Hermine Vénère

Siamo tutti antifascisti


[1] Même si on a pu avoir à faire aux néo-nazis de la Division Nationaliste Révolutionnaire en 2019, article de La Horde à ce sujet : https://lahorde.samizdat.net/bretagne-les-neonazis-de-la-dnr-refont-parler-deux

Sources :

https://www.ouest-france.fr/bretagne/morbihan/vannes-pres-de-200-personnes-manifestent-contre-le-projet-de-loi-bioethique-

https://www.letelegramme.fr/morbihan/vannes/pro-et-anti-pma-opposes-dans-les-rues-de-vannes-30-01-2021-

PS : si vous croisez des affiches, des autocollants, ou une quelconque présence de l’extrême droite dans le Morbihan, prenez-les en photos avant de les déchirer et envoyez-les nous à : hermine_vnr[@]riseup.net ou sur nos réseaux sociaux

Merci à Théo pour la relecture